Livre de base
Vampire : La Mascarade
édition 20e anniversaire 12


De nos jours, des créatures immortelles hantent la nuit, rampent jusque notre chambre et fuient dès les premières lueurs de l’aube. Elles comptent parmi les pires prédatrices du monde, mais certaines vivent leur situation comme une malédiction. Ces monstres sont des Vampires, et vous les incarnez.

Wow, le pavé. 528 pages. Oui, 528. En couleur. Je ne rêve pas (ni mon portefeuille d’ailleurs). Ai-je rentabilisé mon achat ? La réponse est… différente de celle que j’attendais.

Boss : « à trois ninjas en dessous de moi, on ne dit plus une "courte échelle" ... on dit quoi ? » Ninja malin : « Une "putain" de courte échelle ? »

Boss : « à trois ninjas en dessous de moi, on ne dit plus une « courte échelle » … on dit quoi ? »
Ninja malin : « Une « putain » de courte échelle ? »

Me frappent d’emblée… la capacité du contenu à viser juste… son introduction efficace, l’explication du contexte, la définition de sa ligne éditoriale et de ses objectifs.
Alors, viser juste par rapport à quoi ? Et bien vis-à-vis de son entrée en matière avec un positionnement inattendu : vous ne trouverez pas de quoi découvrir le principe de notre loisir – bien qu’un chapitre entier dispense des conseils au maître du jeu.

En vérité, un angle d’attaque pas si inattendu que ça. Puisque, rappelons-le, il s’agit d’une réédition intitulée 20e Anniversaire. En ce sens, nous ne devons pas nous attendre à un bouleversement. Ce n’est pas une suite, ni une reproduction à l’identique, elle se vend comme une ambitieuse mise à jour.

 

Confidence : pour information, j’ai une histoire particulière avec Vampire. C’était mon premier jeu mené en qualité de conteur. J’avais 13 ans environ quand je suis passé de l’autre côté de l’écran. Du coup, je me suis posé la question à savoir si cette parution allait m’enthousiasmer ou me faire prendre conscience des faiblesses du jeu.

Ninja 1 : « Pierre ! » Ninja 2 : « Feuille ! » Ninja 3 : « Ciseaux ! »

Ninja 1 : « Pierre ! »
Ninja 2 : « Feuille ! »
Ninja 3 : « Ciseaux ! »

Introduction focus
De souvenir, la gamme se fourvoyait en digression inutile, lyrisme poussif et autres garnitures pseudoludiques qui tombaient parfois en indigestion. Là, on se trouve devant une mutualisation d’éléments-clés. Le texte s’adresse avant tout au meneur et non pas à un lecteur de romans. Rapidement, on se rend compte que l’idée consiste à rafraîchir les mémoires, mettre les points sur les i et évoquer le décor en des termes simples. Quitte à faire appel à des références connues (Entretien avec un Vampire d’Anne Rice…).

 

Le chapitre retrace tout ce qui a été fait autour de la licence en matière de jeu, non pas sous forme de cursus, mais pour reboucler avec son pendant JDR. Le ton léger et direct m’interpelle réellement. Le tableau brossé couvre un ensemble, certes lourd, mais traité sérieusement. Une introduction intelligente au vu des chapitres suivants, qui conclut sur un glossaire bienvenu.

 

Boss : « Ouais, c'est ça, baisse les yeux... »

Boss : « Ouais, c’est ça, baisse les yeux… »

Affaire de clans
Les joueurs incarnent des Vampires issus de clans, héritiers de traditions plus ou moins liées à la notion d’Humanité. Certaines de ces créatures tentent de renouer avec leur nature de mortel ; d’autres apprennent à contrôler leur Bête intérieure ; d’autres encore, révèlent une volonté d’asservir le monde, de se sentir intouchables ; etc.
Par cela, il faut bien comprendre que nous ne sommes pas dans une version du Vampire monolithique. Son prisme reflète quatre portions sociétales : la Camarilla réunit les créatures plutôt classiques, le Sabbat rassemble des Vampires pétris d’un sentiment de supériorité, les anarchs impliquent des assoiffés de puissance et les Indépendants veulent régner sur les leurs. En bref, le mythe tout en nuances, malgré un côté un peu cheap ou « classe de personnages » version Donjons et Dragons.

 

Ce n’est donc pas juste l’histoire d’un dandy immortel épris d’une bimbo aux airs bovins, mais d’une société vampirique cachée à l’ombre du monde.
On peut légitimement se demander comment l’Humanité a survécu à ce marasme surnaturel, surtout qu’il est aussi question, dans cette mythologie, de l’existence de Loups-garous, Démons, Fées… Mais le livre insiste sur le dosage des protagonistes, d’autant que nous disposons des secrets, des interactions politiques, des enjeux et des factions pour orienter les séances.

Boss : « Regardez, les enfants, ce qui arrive quand vous tenez votre livre à l'envers » Ninjas : « Haaaaaaannnnnnnn »

Boss : « Regardez, les enfants, ce qui arrive quand vous tenez votre livre à l’envers »
Ninjas : « Haaaaaaannnnnnnn »

J’ai presque le sentiment que tout autre supplément deviendra inutile avec cette profusion. Le point négatif reste malheureusement qu’on me conseille assez peu sur l’angle d’attaque et la manière de sortir l’information utile de celle, cosmétique. On me propose donc surtout de faire à ma sauce. Ce qui confirme l’aspect « Pour meneur averti » du jeu.

 

Côté système
Nous jouons avec des dés à 10 faces. Un personnage dispose d’Attributs et de Capacités, notés sur 5 (au départ). Un point représente 1D10 pour constituer sa réserve de dés.
Un test nécessite d’additionner un Attribut et une Capacité, pour les opposer à une difficulté représentée par une valeur à atteindre. La difficulté moyenne varie entre 4 et 6. Un dé lancé révélant ce chiffre ou plus signifie 1 succès. Ensuite, le meneur de jeu reste libre d’exiger plusieurs succès selon la complexité de la situation. Par exemple, si je lance 5D10 avec une difficulté de 6, chaque 6 ou plus obtenu sur un dé représente 1 succès.

Les Attributs
• Physiques (Force, Dextérité, Vigueur)
• Sociaux (Charisme, Manipulation, Apparence)
• Mentaux (Perception, Intelligence, Astuce)

Les Capacités
• Talents (Athlétisme, Bagarre, Commandement, Empathie…)
• Compétences (Animaux, Armes à feu, Artisanats, Conduite…)
• Connaissances (Droit, Érudition, Finances, Informatique…)

Ninja esquiveur 1 : « Youpi !! » Ninja esquiveur 2 : « Tralala même pas peur ! »

Ninja esquiveur 1 : « Youpi !! »
Ninja esquiveur 2 : « Tralala même pas peur ! »

À cela s’ajoutent des subtilités, comme la gestion de la Volonté du personnage, son Humanité ou sa Réserve de Sang. Soit pour dicter une ligne de conduite d’interprétation, pour optimiser des capacités ou enclencher des pouvoirs. Mieux, un alter-ego dont l’âge remonte loin dans le temps, peut débloquer un historique plus profond, ce qui multiplie inévitablement les dangers qui planent au-dessus de lui ou encore les talents dont il dispose (pour joueurs initiés donc).

La rejouabilité dans le sang : un Vampire dispose d’une Nature et d’une Attitude, c’est-à-dire un être et un paraître, parfois dissonant, mais important à incarner. Cet aspect invite le joueur à suivre un style de jeu et le récompense à chaque fois que l’interprétation enrichit l’histoire. Sous ses airs de jeu un peu lourd, Vampire propose des outils efficaces pour construire avec le meneur des séquences de roleplay.

Ninja : « OH MON DIEU ! C'est.... C'est.... C'EST..... ! » Boss : « Oui. Le câlin des ténèbres... »

Ninja : « OH MON DIEU ! C’est…. C’est…. C’EST….. ! »
Boss : « Oui. Le câlin des ténèbres… »

Le cœur et les organes
Le chapitre dédié aux pouvoirs fait office de liste de courses. Certains joueurs le verront comme un fol attrait, d’autres, dont je fais partie, comme quelque chose à doser absolument pour éviter de se trouver dans une version gothique punk du Seigneur des Anneaux. Il en faut pour tous les goûts et les groupes désireux de miser sur les confrontations seront ravis – on tombera néanmoins dans la surenchère du surnaturel, avec un défilé de monstres. En ce sens, la présence des mortels deviendra à la limite anecdotique.
Franchement, quitte à envisager de jouer dans ce type d’ambiance, explorez d’autres licences. Ce serait gâcher les thèmes forts de Vampire – La Mascarade (bien qu’une table reste libre d’assimiler son jeu comme bon lui semble).

 

Mes passages préférés concernent l’attention toute particulière apportée à la société vampirique, les oppositions antagonistes, les styles de narration pour transcrire l’ambiance du jeu, le type de scènes-clés à mettre en avant (avec exemples à l’appui), voire quelques idées pour casser les codes ou tenter d’attaquer le jeu à contre-courant (« Et si vous incarniez des mortels avant de devenir des monstres ? »).

Illustration : « Et tu vois, c'est comme ça que j'ai appris à compter sur mes doigts » Boss : « Hooooooooooo ! »

Illustration : « Et tu vois, c’est comme ça que j’ai appris à compter sur mes doigts »
Boss : « Hooooooooooo ! »

Revenir à la réalité
Le moins, à mon sens, reste finalement ce déballage de matériel. La force du concept fait aussi sa faiblesse. Je m’émerveille devant cette quantité, mais la charge du tri me reviendra. C’est le signal selon lequel cette édition s’adresse bien à une base de fans déjà acquise ou presque.
Jouer sur les notions de Morale (variable selon les préceptes du personnage), de voies vampiriques (une alternative à celle de l’Humanité), intégrer des clans plus borderlines (comprendre, plus difficiles à encadrer). Le choix de réunir avec le livre de base, plusieurs suppléments, rend le tout très dense. Il vous appartiendra de piocher ce qui vous inspire pour orienter votre campagne.

 

Je me demande si quelqu’un qui découvre notre loisir serait sensible à cette édition. Le néophyte devra d’abord vivre l’expérience de Vampire : La Mascarade en tant que joueur avant de comprendre tout le potentiel du jeu.
À moins d’être vraiment motivé et inspiré pour devenir maître de jeu, je vois mal cet ouvrage entre les mains d’un débutant (mon contre-argument ? Vampire était mon premier jeu en MJ). Déjà moi, il m’impressionne, alors imaginez le pauvre rôliste qui rentre pour la première fois dans une boutique.

Boss : « Quatre tortues d'enfer dans la ville, Chevaliers d'écailles et de vinyle » Ninja : « Ce sont des guerriers fantastiques, Ils sortent les nunchakus, c'est la panique »

Boss : « Quatre tortues d’enfer dans la ville, Chevaliers d’écailles et de vinyle »
Ninja : « Ce sont des guerriers fantastiques, Ils sortent les nunchakus, c’est la panique »

Remettons donc les choses dans leur contexte. Cette édition est une version dite de fan-service. Et en ce sens, j’ai rarement vu un projet de cette nature viser aussi justement. Sans parler des quantités incroyables de matériel gratuitement disponibles sur Internet – on trouve de tout sur la toile, du très chouette comme du moins bon.
Reste que, à mes yeux, le livre de base atteint dignement les objectifs qu’il s’est fixés. Non seulement il se paie le luxe de raviver les excellents souvenirs de ma tendre jeunesse, mais en plus il offre l’occasion de les revivre. Mon regret sur l’absence de scénario confirme néanmoins l’aspect boîte à outils du livre. Rien de bien méchant, même si un scénario aurait permis de reboucler avec le contenu – était-ce seulement faisable quand ce dernier s’élève déjà à 528 pages ?

 

En d’autres termes, je vois mal comment on peut passer à côté de cette parution en étant déjà sensible à la licence. Cette réédition, en tant que meneur de jeu averti, je ne pouvais pas mieux l’imaginer. Elle réussit magistralement son coup, à savoir relancer mes campagnes dans cet univers.

 

 

PASSIONNE_02
déçu contrarié indécis satisfait ravi passionné extatique
+ Parfait pour les fans de la licence
+ Ouvrage très complet
 Peu de conseils de lecture
 Pour meneur averti
Univers : Vampire – La Mascarade
Thèmes : intrigue, monstres, gothique
Matériel : A4, couleur, 528 pages
VO (Américaine) : White Wolf
VF : Arkhane Asylum
Auteurs : Justin Achilli, Russell Bailey, Matthew McFarland, Eddy Webb

 

 

 

Share Button

Laissez un commentaire

12 commentaires sur “Livre de base
Vampire : La Mascarade
édition 20e anniversaire

  • Steelfinger

    Aaaah les années lycée… La perm c’était vacht’ment bien quand même.
    Comme toi Mahyar c’était ma 1ère xp JDR.
    Un système de jeu plutôt efficace même si à la fin le nombre de dés jetés pouvait être impressionnant.
    L’univers est plaisant, les factions ratissent suffisamment larges pour plaire à tout style de joueurs, bref un excellent jeu à mes yeux.
    Un petit regret pour mon Capado Gen 5 qui s’est perdu dans mes cartons…(T_T)

  • Raziel86

    Comme beaucoup j’ai commencer avec la Masquarade comme joueur et MJ. La diversité du jeu, les thèmes abordés, l’ambiance, les protagonistes… mais avant tout un univers et quel univers. Loup garou, Mage, Wraith, Hunter et bien d’autres. Comme beaucoup je suis enthousiasmé, nostalgique et impressionné par cette 20 ème anniversaire. J-ai hâte de voir si les autres 20 ème anniversaire seront traduits et fournis dans la langue de Molière… jusqu’à la 4eme édition 🙂

  • Nikonographe

    Un beau travail, bien dense, qui donne envie. Mais d’un autre côté, je garde une certaine sensibilité pour le vieux Mascarade, qui trône fièrement dans la bibliothèque, comme un aïeul qui surveille les plus jeunes bouquins … En revanche, n’ayant plus le vieux Dark Ages, je serait ravis de plonger sur sa version 20th !

  • Liponk

    Mortel ^^ ! Mon tout premier JDR aussi, sur « l’Âge des Ténèbres ». C’était un régal de jouer un Tzimisces « architecte de la chair » ou encore un Malkaviens quelque peut schizophrène; Débarquer dans un petit village de campagne et finir par crucifier leur prêtre sur le toît de la chapelle en te rassasiant du sang de sa plus jeune choriste.. sa n’a pas de prix xD.

  • Suniver

    Bonjour Mahyar,

    Merci pour cet article passionnant ! Cela fait longtemps que l’envie de jouer/masteuriser du Vampire m’habite.
    Et cette soif de sang est aujourd’hui ravivé par tout ce que je viens de lire ici…

    Cependant une question, conseillez vous cette édition anniversaire pour se lancer dans Vampire, ou est-il plus intéressant de partir sur les éditions standards ?

  • Gryf
    Gryf

    J’aimerai vraiment essayer. Mais je suis ultra débutant (plus inculte que moi, tu meurs. Mais plus désireux d’apprendre que moi, tu meurs aussi) et surtout, je suis seul. Donc personne près de chez moi ne pourra m’apprendre #LaTristesseDunHomme

    PS : Tes légendes en dessous des photos, quelque soit l’article, sont à hurler de rire !!

    • Mahyar
      Mahyar Auteur du billet

      Il y a toujours moyen, le Net regorge de communautés sympa (et moins sympa, mais c’est comme partout). La motivation joue de beaucoup. Moi par exemple, j’ai commencé très jeune à être MJ, parfois seulement sur l’acquisition d’un écran de jeu, sans support de livre. Donc bon. Or support, c’est propre à chacun.

      Et pour les légendes, oué, il y a du troll aussi dedans. :o)