Pack de base
Wastburg


Cette cité nichée entre deux royaumes abrite le meilleur comme le pire – pour le meilleur, on cherche encore. Ses gardes tentent de maintenir un équilibre… mais lequel ? À vous de voir, car vous les incarnez. Et quoi qu’il arrive, vous en baverez.

Boss : « Cet endroit a un certain charme » Ninjas : « Si vous le dites, Boss »

Boss : « Cet endroit a un certain charme »
Ninjas : « Si vous le dites, Boss »

Voilà un énième cadre médiéval. Mais sans fantaisie flagrante cependant. N’imaginez donc pas croiser d’elfes ou de trolls… Pourquoi pas.

Le pack de base, sobre, m’inspire une certaine simplicité dans le propos avec quelques (rares) illustrations de qualité exceptionnelle. La taille du texte me rappelle que je porte des lunettes – un jugement surtout cosmétique. Les trois courts livrets invitent-ils au jeu ? Bonne question.

Boss : « Allez bande naz, on pousse ! » Ninjas : « ... si vous le dites... Boss... -_- »

Boss : « Allez bande de naz, on pousse ! »
Ninjas : « … si vous le dites… Boss… -_- »

Livret : Règles du Jeu
Deux pages. C’est juste ce qu’il fallait pour cerner l’ensemble. Le jeu repose sur un roman éponyme et pour quelqu’un comme moi qui le découvre, le pack devrait m’éclairer. L’ambiance côtoie le crasseux, le sale, le crapuleux, dans un principal cadre urbain, à savoir la cité de Wastburg.

Puis, je comprends les choses suivantes. Les règles encouragent à tisser autour des séquences. Plus qu’une simple résolution mathématique, on gagne une couche narrative. Dans ce système, il n’est donc pas seulement question de réussir ou de rater une action, mais de traduire un événement secondaire.

Les tests s’effectuent avec des dés à six faces. 1 à 3D6 selon les circonstances et un résultat élevé assure la réussite. En réponse à un test, on interprète le résultat du dé, de cette manière :
1 • Non, et…
2 • Non
3 • Non, mais…
4 • Oui, mais…
5 • Oui
6 • Oui, et…

Le « et » indique un effet secondaire, positif ou négatif selon l’échelle de succès. Le « mais » insiste sur un aspect contraire à l’effet principal, qui tend vers l’équilibre (Par exemple, le « Non, mais… » souligne une action loupée avec néanmoins une perspective). Cette volonté de superposer la mécanique à un récit contribue à l’ambiance. Même si les exemples restent rares (ce qui me fait penser à un jeu adressé à un meneur averti), la piste séduit.

Boss : « Roméo, Roméo, es-tu Roméo... Renie ton père et refuse ton nom, ou si tu ne veux pas, fais-moi simplement vœu d'amour... Et je cesserai d'être une Capulet » Ninja : « Écouterai-je encore, ou vais-je parler, Boss ? »

Boss : « Roméo, Roméo, es-tu Roméo… Renie ton père et refuse ton nom, ou si tu ne veux pas, fais-moi simplement vœu d’amour…
Et je cesserai d’être une Capulet »
Ninja : « Écouterai-je encore, ou vais-je parler,
Boss ? »

Subtilité : on parle d’Aubaine, une valeur qui peut améliorer les résultats obtenus, divisée en deux catégories. La première est l’Aubaine personnelle. Elle appartient à un unique joueur et permet d’augmenter d’un cran la réussite d’un dé (passant de 5 à 6 par exemple). La seconde est l’Aubaine commune – plutôt puissante. Elle appartient au groupe et chacun peut puiser dedans. Elle permet de relancer un dé.

L’intérêt ? Chaque joueur est libre d’épuiser la réserve d’Aubaine commune égoïstement. Un écho plutôt raccord avec le contexte du jeu, qui ne manquera pas d’attiser les tensions, ou au contraire, de renforcer les liens du groupe.

 

Livret : Guide de la Cité
Sur le contenant, les illustrations impressionnent… trop rarement cependant, puisqu’en nombre très limité (4 pleines pages, sur 32).

Boss : « ... oui, exactement, c'est moi qui tourne les pages ! »

Boss : « … oui, exactement, c’est moi qui tourne les pages ! »

La force de l’ouvrage ? Son angle d’attaque, son style et son accessibilité. J’ai ri. Mais ri ! La mise en page présente une belle astuce pour transcrire les thèmes du jeu. La large interligne permet de caler des commentaires dignes de ce nom. Entre trait d’humour, information complémentaire et élément d’ouverture vers de nouvelles possibilités, cet aspect du livret lui donne tout son sel. Je me délecte à la moindre description et ce qui aurait pu m’apparaître comme classique me sert de repère pour nourrir l’ambiance de Wastburg.

 

Trois conclusions : l’ouvrage se termine sur trois points. Le premier concerne des anecdotes bien senties. Des histoires courtes pour livrer des ressorts scénaristiques inattendus. Le deuxième s’adresse au joueur. Il délivre des conseils pour encadrer le débutant et l’orienter dans ce marasme urbain – le meneur que je suis adhère et trouve aussi son appui. Le dernier se révèle aussi cosmétique qu’indispensable. Il s’agit du parler local, des expressions courantes et autres manières d’être pour le gardoche (cf. le garde).

Boss : « Je sais... toute cette violence exaspère... un câlin ? »

Boss : « Je sais… toute cette violence exaspère… un câlin ? »

Livret : Scénario
À ce stade d’assimilation du jeu, je cerne l’ambiance, sans pour autant savoir réellement comment la raconter à mes joueurs. Je reste dans la théorie et compte sur le scénario du module de base pour me servir de référence ultime.

Je suis un peu surpris par l’ouverture du livret, axée sur la création de personnages. La vérité, c’est qu’on a affaire à une excellente idée. L’histoire ne propose pas de fiches préconçues, mais un moyen de personnaliser & introduire efficacement. De cette manière, l’entrée en matière devient pertinente. Du reste, le meneur devra lire et préparer attentivement son scénario. En effet, le nombre de PNJ (7 principaux, dont 1 mort, et 11 secondaires) à encadrer nécessite d’avoir une projection claire dans son esprit. Alors prenez des notes, lancez-vous dans un organigramme et construisez mentalement vos séquences favorites.

Ninja 1 : « Ce clebs est tellement plus obéissant que nous » Ninja 2 : « ouai, ça craint »

Ninja 1 : « Ce clebs est tellement plus obéissant que nous » Ninja 2 : « ouai, ça craint »

Côté trame, je retiens les choses suivantes :
• nous n’aurons pas d’actions flamboyantes.
L’héroïsme tient plus d’un concept ou d’un état d’esprit.
• La beauté existe même dans le malheur.
• … le métier d’un gardoche de Wastburg, c’est quand même moche.

L’ensemble promet donc une expérience très intime pour les joueurs désireux de s’investir dans un jeu où l’interprétation peut porter très loin.

 

La Quatrième de couverture : elle revient sur le roman et… ne m’évoque rien. Puisque je ne l’ai pas lu. Ce qui ne m’a pas empêché de prendre plaisir à raconter ce scénario à mes joueurs puisqu’il y avait tous les éléments constitutifs de la narration.

Boss : « Vois, mon jeune élève, ce lancer de tomate majestueux, plein de grâce et de sensibilité. Et apprends »

Boss : « Vois, mon jeune élève, ce lancer de tomate majestueux, plein de grâce et de sensibilité. Et apprends »

CONCLUSION_SHAK
La mousse a pris. Un ton donné. Une valeur sûre. Maintenant, le roman duquel le jeu est issu m’intéresse !

Découvrir cet univers par son versant ludique produit un double effet. D’une part, j’ai eu le (faux) sentiment d’avoir potentiellement gâché la lecture du roman. D’autre part, il m’apparaît un réel travail de présentation. L’appréciation prolonge l’envie d’explorer Wastburg.

En tant que meneur averti, je me sens en plein dans la cible. Alors qu’un MJ débutant peinera probablement à s’accaparer les subtilités – pas assez didactique, trop de liberté, malgré un cadre défini. Le joueur, lui, débutant ou initié, saura plonger sans se perdre en chemin.

Boss : « Vous déconnez les mecs.... quand je vous ai ordonné de le [cuisiner], ce n'était pas comme ça ! »

Boss : « Vous déconnez les mecs…. quand je vous ai ordonné de le [cuisiner], ce n’était pas comme ça ! »

La brèche est faite
D’un côté, une impression de format cher en raison des nombreux éléments, juste survolés. De l’autre, l’immersion et l’intelligence du produit. Je dirai donc que je me sens quasiment militant en devenant acheteur : je veux plus de contenu de ce matériau. Le talent du romancier, je le découvre avec plaisir, celui de ses coauteurs sur le jeu, je l’approuve plutôt deux fois qu’une. Je souhaite à cette gamme une longue vie en croisant les doigts pour une suite à la hauteur de l’attente.

 

 

déçu contrarié indécis satisfait ravi passionné extatique
+ Parfait pour les fans du roman
+ Ambiance intimiste et renouvellement de l’urban fantasy
 Avoir lu le roman sert quand même pas mal
 Pour meneur averti
Univers : Wastburg
Thèmes : low fantasy, urbain, huis clos
Matériel : au format 16×23 cm, 1 écran en 3 volets , 1 carte en 2 volets, 3 livrets noir et blanc de 32 pages
VO (française) : XII Singes
Auteurs : Philippe Fenot, Cédric Ferrand (auteur du roman), Tristan Lhomme

 

 

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