In Nomine Satanis Magna Veritas 14


2015. Tout fout le camp. Dieu, Satan, la Hiérarchie. Tout. Fout. Le camp. La logique, les raisons, ce qui tenait d’un putain d’équilibre entre les Forces du Bien et du Mal. Pfffuit, envolé. Il ne reste que toi, mon Ange, mon Démon, et ce monde prêt à devenir ce que tu attendras de lui.

Nous sommes devant un bel objet. Le standard de la couverture rigide, un intérieur couleur avec des illustrations bien présentes et en pleines pages s’il vous plaît. L’épaisseur des quelque 140 pages signifie qu’il se veut rapidement accessible. Et il l’est, dans une certaine mesure.

 

Ninjas : « prenez un chewing-gum, Emile... »

Ninjas : « prenez un chewing-gum, Emile… »

Introduction au reboot de l’Apocalypse
Cette cinquième édition du jeu promet plusieurs choses. Un retour aux sources et un plaisir renouvelé pour les routards déjà connaisseurs en la matière. Ce pari réussi a dû s’acquitter néanmoins d’un prix à payer. Au sens propre comme au figuré.

Le contenu ne trompe pas sur la marchandise. Le ton donné en introduction, du énième degré. Avec cet humour qui émaille chaque concept, on explore un contexte contemporain sous forme de bac à sable, avec une décision franche, mais risquée : la simplicité du pitch. Elle laisse champ libre à, à peu près… tout.

Boss : « C'est toi qui as fait ça ?! » Ninja : « Krrr krrr krrrr, non... »

Boss : « C’est toi qui as fait ça ?! »
Ninja : « Krrr krrr krrrr, non… »

Les grandes lignes : vous incarnez des Anges et des Démons qui se foutent sur la gueule, et il ne reste plus vraiment de hiérarchie divine ou démoniaque. Ce résumé est symptomatique de la construction de l’ouvrage. On va à l’essentiel, sans renfort cosmétique, mais avec la volonté de jouer. Point. Une stratégie à double tranchant, puisque sans connaître les antécédents du jeu, on est livré à soi-même. Un meneur de jeu inspiré par les thèmes saura transformer l’ensemble, quand un néophyte devra attendre les ouvrages suivants (ou le PDF disponible gratuitement sur le site de l’éditeur) pour en saisir les fondamentaux.

Ninja : « Boss ! Y a une vieille qui est en train de voler du jus de betterave !! »

Ninja : « Boss ! Y a une vieille qui est en train de voler du jus de betterave !! »

L’immersion : dans l’ordre, ce livre de base attaque par une nouvelle, le résumé de l’univers, le concept des règles, puis revient sur une autre nouvelle d’introduction pour aborder la création de personnages. Nous sommes à la page 12, nous avons survolé deux belles illustrations pleines pages. Un parti, pris. Clairement. Le risque reste important, le meneur de jeu se jette sans filet.

Ninja : « Boss ?... » Boss : « Oui, c'est bien ce que tu crois que c'est... »

Ninja : « Boss ?… »
Boss : « Oui, c’est bien ce que tu crois que c’est… »

Des règles du jeu
On va finir par intégrer le mot d’ordre : simplicité. Cinq caractéristiques (Force, Volonté, Agilité, Perception, Apparence) aux valeurs allant de 1 à 5. Lancez 3D6, chaque résultat équivalent à la caractéristique ou moins donne 1 succès. Oui, 3D6, avec des seuils à ne pas dépasser. Vous avez compris tout le principe. Obtenez 3×1 et vous aurez un résultat angélique spécial, et avec 3×6 sur les trois dés à six faces, Satan jouera de son influence sur votre action.

 

Ajoutez quelques subtilités avec la dépense de Points de Pouvoir pour activer des capacités ou booster des talents, mais ne vous attendez pas à devoir interpréter le système de jeu. Nous sommes bel et bien sur un versant qui prône une rapidité de mise en place de votre séance.

Ninja 1 : « L'Ange a la classe quand même » Ninja 2 : « Je ne sais pas si c'est vraiment une question de classe, tu sais, les Démons ont aussi un charme et puis, tout n'est pas forcément à mettre sur le compte du charisme, de nos jours l'efficacité passe également par la capacité à pouvoir transcrire des codes techniques telles que des valeurs chiffrées ou encore des aspects concrets d'une fiche de personnage afin de montrer une forme de puissance supérieure décidée collégialement par untel ou untel si tu vois ce que je veux dire »

Ninja 1 : « L’Ange a la classe quand même »
Ninja 2 : « Je ne sais pas si c’est vraiment une question de classe, tu sais, les Démons ont aussi un charme et puis, tout n’est pas forcément à mettre sur le compte du charisme, de nos jours l’efficacité passe également par la capacité à pouvoir transcrire des codes techniques telles que des valeurs chiffrées ou encore des aspects concrets d’une fiche de personnage afin de montrer une forme de puissance supérieure décidée collégialement par untel ou untel si tu vois ce que je veux dire »

Univers
Je suis partagé. Parce que le concept fonctionne vraiment bien. Il manque toutefois un didactisme bienvenu. Du moins dans cet ouvrage. La simplicité ne doit pas s’autoriser de légèreté dans sa démarche de pédagogie. Sa construction repose donc sur le fanservice, faire plaisir à « ceux qui savent » en offrant du gameplay, une boîte à outils. Jugez plutôt :

  • Création d’un alter ego
  • Liste d’Anges
  • Liste de Démons
  • Règles de gestion d’actions
  • Les Pouvoirs
  • Personnages préconstruits (plein)
  • Scénario(s)

 

Le tout émaillé de nombreuses nouvelles au ton implicatif et aux éléments historiques timides. Ces textes ne paraissent pas réellement comme des vérités ou des secrets. Ils illustrent des situations et donnent des orientations pour comprendre le prisme cocasse de l’ambiance chère au jeu.

Ninjas : « amateur »

Ninjas : « amateur »

Donc ? : qu’apprend-on sur l’univers ? Surtout comment gérer les ressorts techniques. Le jeu ne survend pas de secrets, il va même jusqu’à assumer sa simplicité. Il offre du jeu. Ni un roman. Ni un délire d’auteurs. Non. Un pitch, des règles, des situations à résoudre autour d’une table. INS/MV ne cherche pas à réinventer de roue, il offre une synthèse de son propre concept en misant sur son panache.

Ninja 1 : « Tu as remarqué le lien entre les illustrations des deux pages, mec ? » Ninja 2 : « C'est évident ! »

Ninja 1 : « Tu as remarqué le lien entre les illustrations des deux pages, mec ? »
Ninja 2 : « C’est évident ! »

Scénario(s) : le livre de base propose une aventure facile à prendre en mains, mais sans réelle portée autre que d’instaurer des pointes d’ambiance. Nous sommes bel et bien dans une introduction. Heureusement, le site de l’éditeur propose un complément de PDF de 14 pages (intitulé La Guerre des Réseaux), gratuitement téléchargeable à cette adresse. Et n’hésitez pas à piller la rubrique de download, vous y trouverez votre précieuse fiche de personnage à photocopier pour vos joueurs.

Ninja 1 : « On ne peut malgré tout pas tout mettre sur le dos des valeurs chiffrées étant donnée la conjoncture actuelle ludique à tout remiser sur le caractère narrativiste des propriétés et choix éditoriaux que s'imposent parfois certains créatifs, notamment dans le domaine du divertissement où justement, on peut se poser la question à savoir si oui ou non, amusement signifie roulement de dés, et inversement, ce qui ne remet pas en doute les thèmes eschatologiques d'un jeu qui se veut à la fois récréatif et créatif » Ninja 2 : « j'aurai émis toutefois une réserve, cher ami, la notion eschatologique n'a rien à voir dans notre conversation »

Ninja 1 : « On ne peut malgré tout pas tout mettre sur le dos des valeurs chiffrées étant donnée la conjoncture actuelle ludique à tout remiser sur le caractère narrativiste des propriétés et choix éditoriaux que s’imposent parfois certains créatifs »
Ninja 2 : « j’aurai émis toutefois une réserve, cher ami, la notion eschatologique n’a rien à voir dans notre conversation »

 

CONCLUSION_SHAK

Une réussite et un pincement. Réussite par la qualité du matériel, et je ne parle pas seulement du contenant. Pour le pincement, il s’agit du regret de se dire que le découpage est loin d’être optimisé. Un néophyte ne se rendra pas forcément compte des qualités d’INS/MV avec ce seul ouvrage. Il faudra rapidement explorer les Faits Divins, des suppléments concrets sur le jeu, pour en saisir la portée ludique. J’en tire pour ma part les conclusions suivantes, à vrai dire : ce livre de base est un Kit d’introduction de Luxe, un pari qui porte des couilles.

Boss, à l'illustration de la jeune femme à lunettes : « ... et ainsi tu rejoindras mon immense armée ! »

Boss, à l’illustration de la jeune femme à lunettes :
« … et ainsi tu rejoindras mon immense armée ! »

 

JE VEUX CE JEU MAINTENANT
déçu contrarié indécis satisfait ravi passionné extatique
+ Le retour d’une licence qui claque
+ La bible du bac à sable
– Le livre de base n’est pas représentatif du potentiel
– Il faut prendre connaissance du passif
 
Univers : In Nomine Satanis / Magna Veritas
Thèmes : contemporain, biblique, fun
Matériel : A4, couverture rigide, 144 pages en couleur
VF : Raise Dead éditions
Auteurs : Croc, Jean-François ‘Jeff’ Beney, Patrick ‘7.7’ Renault, Emmanuel ‘Zlika’ Salah, Laurent Sarfati, Ebenezer Dickens, G. E. Ranne, Thomas Hervet, Sandy Julien, Timbre Poste, François Doucet

 

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14 commentaires sur “In Nomine Satanis Magna Veritas

  • Gryf
    Gryf

    Ninja ! Un ninja spotted, un ninja spotted !
    Je vais me servir de ce message pour te dire encore une fois que cet article est génial. À chaque fois qu’un nouveau sort, je ne peux m’empêcher de me dire que tu as un talent et un esprit critique monstre. Bon, tu m’diras, ce n’est « qu’une » critique mais ça se voit quand même super bien.
    (Et RIP à ta messagerie qui risque fort de déborder avec tout ça ^^ )

  • Azolan_s

    Pour ma part, je trouve que cette cinquième édition est intéressante pour son cadre. Plus de liberté qu’auparavant, elle laisse donc au maître du jeu une liberté dans son scénario, du one shot bien déconnant, ou des campagnes un peu plus sérieuses. Mais seulement si on connaît déjà l’univers. Le livre de base de la V4 était beaucoup plus pédagogique sur la manière d’aborder le jeu, et beaucoup plus complet. Sinon ouais, pour quelqu’un qui ne connaît pas l’univers et les éditions précédentes se retrouvera un peu dans la merde.

    Moi qui fait le choix d’acheter cette cinquième édition, et après l’avoir testée, je trouve le système de jeu intéressant dans l’idée (c’est rapide et efficace). Mais en pratique il est hyper décevant, on n’a pas vraiment de gradation de réussite ou d’échec. Quand on tire ou frappe avec une arme on fait toujours max dégâts si on touche. C’est un poil too much. De mon côté j’ai fait un mix entre la Table Unique Multiple (système des précédentes éditions) et quelques règles de la cinquième. Ce qui donne quelque chose d’un poil plus complexe, mais beaucoup plus fun.

    Donc pour profiter de cette édition comme le dit Mahyar, soit tu casques pour le coffret à 100€ (Livre de base + faits divins), et tu as de quoi commencer avec de bonnes pistes (enfin des aides de jeu). Soit tu prends des faits divins (avec un intérêt plus important du côté du 2 et du 4). Soit tu as joué à des éditions précédentes et là faut aller taper dedans.

    C’est un peu décevant quand même …

  • kalynea
    kalynea

    Ninja (2 le retour pardon je m’en vais loin) ^^ bref merci pour cette critique j’avoue qu’il me plais bien celui là bon y’en a beaucoup qui me plaisent ^^ merci pour cette critique et pour ton travail soyeux!

  • Chadow
    Chadow

    Ahahahah Vu petit Ninja !!!!
    Pour ma part,aprés avoir vu ton live concernant ce Jdr j’avoue que la critique lui fait écho et par la même occasion me donne bien envie de le tester . Et bon faut avoue que pouvoir jouer un Ange ou un Démon ça a un petit côté Badass non négligeable !

  • Glinka
    Glinka

    Ninja!

    Et sinon, c’est drôle, c’est généralement pas vraiment le genre d’univers qui me fait tripper, mais présenté comme ça, ça donne bien envie ♥ Et puis cey bô. Et puis le gros bordel que semble impliquer le contexte présenté vend du rêve~

    En résumé c’est un gros OUI!

  • Milie3124

    Et une critique de plus qui donne envie de découvrir le produit en question !

    J’aimerai bien jouer à ce JDR un de ces quatre… Afin d’incarner un ange ou un démon dans cet univers qui semble assez dark ! De quoi passer de bonnes soirées à délirer !

  • Sadhiis
    Sadhiis

    忍者発見 !
    Ninja trouvé !
    Super article, comme d’hab’ 🙂
    L’idée de jouer un Ange ou un Démon est pas mal, ça donne envie de jouer… Mais la façon dont tu traites le sujet donne encore plus envie ^3^
    Après les illustrations sont classes, et j’en passe !
    Merci pour cet article, je vais sûrement me procurer ce jeu.
    En espérant que ta boîte de réception ne souffre pas trop,
    Sad_

    PS : continue comme ça t’es super 😉

  • jinyeong57
    jinyeong57

    J’ai Stella Inquisitorus chez moi (que j’ai acheté dans les années 90). Si ma mémoire est bonne, il s’agit de la version space opéra de ce jeu.
    Aussi, si ma mémoire est toujours bonne, ils avait fait à l’époque une jeu de carte un peu dans le même esprit que Magic. C’était la grosse mode en 1995 et tout le monde voulait son jeu de carte.