[Fan-Fiction Aventures] la Détresse de l'Innocence

Fanfictions, nouvelles, romans

Modérateur : Modo Ninja

Pyrron Flamsang
Messages : 20
Enregistré le : ven. 9 sept. 2016 22:22
Contact :

[Fan-Fiction Aventures] la Détresse de l'Innocence

Messagepar Pyrron Flamsang » lun. 14 nov. 2016 00:54

la Détresse de l'Innocence

(une fan-fiction d'Aventures par Pyrrön Flamsang)

Chapitre I : L'appel

Sommeil agité. Il était pourtant habitué aux cauchemars et il savait comment les gérer. Mais celui-là ...
"Balthazar ..."
Une voix glaciale, tranchant l'esprit avec autant de subtilité qu'une machette rouillée.
"Balthazar ... il faut que tu me libères !"
"Silence foutu démon !"
vociféra mentalement le pyromancien. "Tu me poses déjà suffisamment de problème de jour pour que tu puisses te permettre d'écourter mes nuits ! Et c'est quoi cette voix que tu prends ?"
"Tu te trompes de démon, petit !
" siffla la voix dans sa tête.
Balthazar se redressa sur sa couche, extirpé de son sommeil par cette intrusion. Au-dessus de lui l'immense voûte étoilée couvrait le foret enneigé. Ses camarades dormaient paisiblement autour du feu qui agonisait. Encore que Théo semblât agité lui aussi, mais il s'était plaint plus tôt que cet endroit fourmillait de bestioles et du froid de l'hiver et qu'il n'arriverait pas à bien dormir.
Le pyromancien se leva et s'éloigna du camp. Il préférait, par sécurité, rester à l'écart de ses compagnons lorsqu'il entrait en contact d'une manière ou d'une autre avec sa part démoniaque.
"Qui êtes-vous ?" demanda-t-il.
"On ne reconnait pas la famille ? Ou y portes-tu la même considération que ton fichu paternel ?"
"Que ? Famille ? Comment ça ?"
"Je me nomme Reghba l'Avide, frère d'Enok le Trompeur et ton oncle ! Et je te somme de me libérer du piège dans lequel ton foutu géniteur m'a emprisonné !"

Balthazar se massa le front. Le démon avait parlé d'une telle violence que cela lui causait déjà un début de migraine. Le ressentiment de Reghba pour son frère était manifeste.
"Bien !" fit-il. "Venons en directement à la question fatidique ... Pourquoi foutrediable devrais-je venir en aide à un démon dont je ne sais rien ? Emprisonner un être qui ne vit que pour causer mort, destruction et souffrance c'est surement la meilleure chose que mon père a jamais faite !
"Et bien commençons par le fait que je sois dans TON monde et que même emprisonné je peux causer du malheur à ceux alentours. Cela a déjà commencé en dépit de ma volonté mais il me suffit de me concentrer pour déchaîner la mort sur le village et tous les habitants prêts de ma prison ! En outre, j'ai ouïe dire que tes relations avec le Trompeur ne sont pas au meilleur de leur état. Si tu me libères, tu pourras me compter parmi tes alliés si tu l'affrontes un jour !"
"Quelle aide pourriez-vous m'apporter si vous vous faites si facilement vaincre ?"
tacla le pyromancien.
"Il m'a joué un de ses tours perfides," siffla furieusement Reghba. "Cela ne se reproduira pas ! Alors ? Cette prison met ma patience à rude épreuve et croit moi cela se répercutera sur tous les êtres passant à portée de ma fureur !"
Balthazar resta silencieux, fixant catatoniquement un tronc comme pour lui demander son avis.
"Si j'accepte, vous promettez de repartir aux enfers sans blesser personne ?"
"Tu as ma parole !"

- Que vaut la parole d'un démon ? murmura Balthazar pour lui-même.
"Je ne suis pas le Trompeur," grinça Reghba qui avait de toute évidence entendu. "Si je fais un pacte, je l'honore !"
Le pyromancien sentit qu'il s'engageait sur une voie qu'il allait ardemment regretter.
"Très bien, finit-il par dire. Où vous trouverais-je ?"
"Au Nord ! Vers un village au milieu d'une mer de collines et de brumes."
"Bien. Maintenant expliquez-moi ! Comment mon père vous a-t-il piégé ?"

Alors que le démon expliquait, causant à chaque syllabe une violente migraine à son interlocuteur, celui-ci craignait déjà la réaction de son groupe et particulièrement celle de Théo. Le paladin accepterait surement de venir en aide à un village en danger mais l'inquisiteur ne verrais qu'une menace à confiner ou a éradiquer.
- Dans quel pétrin allons-nous nous fourrer cette fois, fit Balthazar entre ses dents.

Chapitre II : à travers les collines embrumées

Dans cette partie du Cratère, les brumes étaient tellement épaisses qu'il était difficile de voir à quinze mètres devant soi. Nombreux voyageurs s'étaient déjà perdus dans le brouillard en s'éloignant du sentier zigzaguant entre les collines et cela leur était souvent fatal lorsque cela avait lieu en cette période de l'année où tout n'était que neige et froid. C'est ce qu'avait dit le marchand itinérant qui avait rejoint les aventuriers au détour d'un croisement. Il se rendait régulièrement dans ce village perdu pour y vendre sa marchandise. Le marchand s’avéra être très bavard, inondant ses compagnons de route d'anecdotes et d'histoires à dormir debout sur cette région. Mais aucun aventurier ne semblait lui prêter une réelle attention. Pour eux c'était une région du Cratère qui ressemblait à tant d'autres qu'ils avaient déjà parcourues et leur semblait déjà très familière. Eux, en revanche, restaient très silencieux et ce depuis le matin qui avait suivi la nuit agitée de Balthazar.

Le pyromancien s'était attendu à devoir argumenter plus longtemps avant de convaincre ses amis mais cela avait été relativement rapide. Grunlek était toujours prêt à venir en aide à un village en danger. Shinddha sembla un peu plus réticent, se méfiant de faire ainsi confiance à un démon. Mais il finit par se rallier à l'avis du nain : ils ne pouvaient laisser un démon, même emprisonné, dans ce monde et avec la possibilité de nuire à des innocents. Balthazar s'attendait à ce que Théo soit le plus difficile à convaincre. Le paladin resta longuement silencieux, semblant évaluer la situation. Une attitude qui ne lui ressemblait pas, lui qui préférait généralement foncer dans le tas, et qui ne manqua pas d'interloquer ses amis.
- Bien, fini-t-il par déclarer. Allons tataner ce démon !
- On doit le libérer, expliqua Balthazar, pas s'en faire un nouvel ennemi. On en a déjà suffisamment dans le Cratère pour en plus s'en faire en Enfer !
- Si on le tatane suffisamment il n'aura plus grand chose pour être considéré comme un ennemi !
- C'est un démon ! Une force de destruction énorme et sanguinaire ! On n’est pas en mesure d'en affronter un ! Et il vaut mieux l'avoir de notre côté lorsque l'on devra, éventuellement, affronter mon paternel.
L'argument sembla faire effet, Théo approuva. Sa rancune envers Enok était efficace. Mais il demeura étrangement silencieux durant tout le trajet.

Sur le sentier, la carriole du marchand pris un peu d'avance ce qui permit à Shinddha de demander à Balthazar quelque chose qu'il aurait mieux valu ne pas faire devant un inconnu.
- Donc ton père a piégé un démon qui prétend être son frère et donc ton oncle et cet oncle, dont tu n'as jamais entendu parler, t'appelle pour le libérer usant du fait que tu es en froid avec ledit paternel ? C'est toujours aussi compliqué les histoires familiales infernales ?
- Qui n'a pas de problèmes familiaux ? grommela Grunlek derrière eux.
- Et bien oui en gros c'est ça, répondit Balthazar. Mais venant de mon père cela ne m'étonne guère de se mettre pas mal de gens à dos.
- On ne va pas juger, fit Shinddha. Qui ne s'est-on pas mis à dos dans le Cratère ?
- Pas faux ! C'est peut-être de famille ...
- Et comment un démon aussi puissant s'est fait capturer ? interrogea Grunlek. Un piège mécanique ou magique ?
- Ou un puissant enchantement ? ajouta l'archer.
- Même pas ! Mon père l'a piégé avec sa meilleure arme, un bon vieux mensonge ! Selon mon oncle, Enok lui aurait indiqué l'emplacement d'une source d'essence d'innocence pour rembourser une vieille dette qu'il lui devait mais a visiblement menti sur la marchandise.
- Une essence d'innocence ?
- C'est une aura diffusée par la mort d'un être pur et innocent. Une odeur magique émanant du corps de la personne ... ou de l'animal, qui sait, et cette essence fait le même effet aux démons que de l'herbe à chat sur un chat avec supplément adrénaline concentrée ! Ce genre d'essence vaut une fortune en enfer !
- Une fortune ? fit Grunlek. Et vous utilisez quoi comme monnaie en enfer ?
- Tu ne veux pas savoir !
- Tu entends quoi par "menti sur la marchandise" ? demanda Théo qui chevauchait quelques mètres derrière.
Son intervention surpris les autres, il était resté silencieux tout le long de la route.
- Apparemment le corps n'était pas tout à fait mort. Ni vivant sinon le sort n'aurait même pas pu se lancer. Donc il a dû y avoir une couille quelque part ou alors, très probablement, une altération du rituel par Enok. Quoi qu'il se soit passé, voilà qu'un démon en colère est coincé dans un corps inerte, qui n'est d'ailleurs même pas le corps d'un être vivant, et son influence démoniaque influence l'environnement autour de lui et met en danger le village à côté de là où il est.
- Et son influence se manifeste comment ? demanda Shinddha avec une pointe d'inquiétude. Par pitié pas d'araignée !
- Surement des puits démoniaques, fit Grunlek en gloussant.
Le demi-élémentaire d'eau tira la langue à son partenaire.
- Je n'en ai malheureusement aucune idée, admit Balthazar. Reghba ne peut voir qu'à travers les yeux de ce piège et ne voit donc que le caveau, lui-même dans les catacombes dans lesquelles il se trouve. Il n'a aucune idée de la forme qu'a pris son influence.
- Si c'est dans des catacombes, j'imagine que ça va ramener les défunts à la vie, suggéra Théo.
- C'est fort probable, oui.
- Tant mieux, c'est mon rayon ! ajouta-t-il avec un regain d'activité.
- C'est la spécialité des paladins ou des inquisiteurs ? fit ironiquement Grunlek.
- C'est une spécialité de la Lumière de dérouiller du mort-vivant !
- Eh ! Les gens ! cria le marchand itinérant depuis sa carriole qui ralentissait pour revenir à leur hauteur. On arrive !

Dans l'épaisse purée de pois, les formes sombres des habitations commencèrent doucement à se dessiner aux yeux des aventuriers. Ils étaient arrivés.

Chapitre III : Ô brume ! Ô désespoir !

Les aventuriers et le marchand itinérant arrivèrent sur la place du village. Vide. Pas une âme en vue. Ni sur la place, ni dans les rues. Le marchand semblait confus mais les aventuriers s'étaient attendus à cette éventualité.
Sur le sol couvert de poudreuse de la place, il semblait y avoir eu récemment une forte agitation au vu des traces de pas dans la neige. Des planches avaient été clouées pour couvrir les fenêtres depuis l’intérieur et il en valait aussi pour le puits au centre de la place. Son sommet avait été recouvert de planches maintenues par des chaînes. Cette vision dessina un sourire mesquin sous le masque de Shinndha. "Bien fait !".
- Ohé ! Il y a quelqu'un ? hurla le marchand.
Un moment pesant s'ensuivit. Seul le vent glacial de l'hiver sifflait entre les ruelles. Puis un grincement se fit entendre. Les aventuriers se mirent automatiquement en garde, le paladin avait déjà la main sur le pommeau de sa lame depuis sont entrée dans le patelin.
Un humain vêtu d'un tablier entaché de sang sorti d'une habitation, armé d'une machette. La maison de laquelle il venait de sortir semblait être une boucherie, ce qui expliquait surement son accoutrement.
- Vous ... vous êtes des vivants ? bégaya-t-il
- Cibus ! Voyons ! C'est moi, tu ne me reconnais pas ? s'indigna le marchand itinérant.
Le boucher approcha prudemment du groupe pour observer l'interlocuteur avec attention puis il regarda attentivement les quatre aventuriers tour à tour.
- C'est bon ! Ils ne sont pas morts ! fini-t-il par hurler.
Les portes s'ouvrirent toutes en même temps et les villageois sortirent de leurs maisons, tous armés de n'importe quelle manière : haches, couteaux, fourches, bâtons et quelques rares portant maladroitement des épées rouillées.
- J'avais raison, souffla Théo. On va devoir affronter des morts.

Après l'agitation causée par l'arrivée de ce convoi, les aventuriers furent amenés devant l'ancien du village dans une grande maison. La tension restait palpable. Ils ne purent manquer les regards froids jetés par la plupart des habitants.
- Pardonnez notre réaction, leur dit le vieillard. Nous vivons l'enfer depuis un peu plus d'une semaine, notre village est assailli par les morts. Ils font des raids irrégulièrement. Des fois pas pendant très longtemps, des fois en continu sans s'arrêter. Ils sortaient du puits avant qu'on ne le bouche mais arrivent maintenant des collines. Ils viennent gratter aux portes, ils mettent sans dessus dessous tout ce qu'ils trouvent. Et quand ils ne sont pas dans le village alors ils errent dans les collines entre ici, le cimetière au Nord et le plateau à l'Ouest. Il n'y a plus qu'eux, plus rien d'autre de vivant. Les collines grouillaient de lapins avant leur arrivée, maintenant ils ont tous disparus.
- Et comment agissent-ils ces morts ? De quoi ont-ils l'air ? demanda Balthazar. Ce sont des zombies ? Des spectres ou des fantômes.
- Tout ça en même temps, répondit le vieillard. Les fantômes et les spectres traversent les murs pour entrer dans les maisons et effrayer les gens. Les zombies et les squelettes grattent aux portes, essayent de passer par les fenêtres et attaquent lorsqu'on les repousse. Lors du dernier assaut, il y en a beaucoup qui ont attaqué la boucherie de Cibus, ajouta-t-il en désignant le boucher.
- J'ai vu ma femme, déclara ce dernier et jetant un froid sur l'assemblée. Ma femme morte il y a deux hivers. J'ai brûlé son corps et pourtant je l’ai vue ! Immatérielle, blanche comme la neige ... et elle pleurait. Elle pleurait ...
Le boucher sanglota et s'éloigna.
- Nous faisons face aux êtres aimés que nous avons perdu, expliqua l'ancien. La semaine a été très éprouvante pour tout le monde.
- J'imagine, admit Balthazar. Nous ne pouvons vous faire de promesse que nous ne sommes pas certains de respecter mais nous mettrons tout en œuvre pour vous sortir de cette situation !
- Allons bon ! déclara un homme dans la foule. Et pourquoi donc ? Vous voulez ensuite nous extorquer le peu qu'il nous reste ? Ou obtenir la gloire d'avoir sauvé un village ? Vous n'êtes que des aventuriers, des fouteurs d'emmerdes ! Insouciants des gens comme nous !
- Beikan ! Cela suffit ! invectiva l'ancien à celui qui venait de parler. Ces gens nous proposent de l'aide et nous ne sommes pas en mesure de refuser.
- Et nous ne demandons rien en échange, sachez-le ! ajouta Balthazar.
- Les aventuriers prennent toujours quelque chose en échange, cracha Beikan. Et ils ne sèment que d'avantage de chaos. On a déjà eu à faire à des gens qui prétendaient sauver le village de la famine et qui n'ont fait que dérober le reste de richesse des pauvres fermiers, ou d'autres promettant l'aventure aux jeunes qui les suivaient à une mort certaine. Ces mêmes jeunes que l'on est obligé, aujourd'hui, de regarder nous hanter. Et je ne parle pas de la destruction aveugle. Leurs épiques batailles entre le bien et le mal ne font en réalité que causer de la souffrance. Ma mère est morte à cause de cela ! L'enfant de ma sœur est mort à cause de cela. Et je suis terrifié à l'idée qu'il revienne la hanter ... et ...
- Et c'est bon, on a compris, le coupa Théo. Tu es très vénère contre les aventuriers, libre à toi. Mais là, tu ralentis le moment où on doit trouver comment régler ce bazar donc, excuse-moi du terme, tu es totalement inutile alors juste ferme la !
Beikan fusilla le paladin du regard, resserra son poing sur le manche de sa masse. L'ancien s'interposa devant lui tandis que Balthazar se tenait devant Théo.
- Je pense qu'on s'égare du sujet, déclara le pyromancien. Il faut que nous nous rendions dans un caveau où nous pensons trouver la cause de cette levée des morts. Peut-être dans le cimetière que vous avez évoqué ?
- C'est de là d'où viennent les morts, déclara un trappeur dans la foule. Le caveau doit être un de ceux des catacombes sous la colline. Mais personne n'ose y aller pour vérifier.
- Et bien nous on s'y colle et on fera de notre mieux pour que vous n'ayez plus à faire face à vos défunts, ajouta-t-il à l'adresse de Beikan.
L’intéressé ne lui répondit pas, se contentant de lancer un dernier regard haineux à Théo avant de partir vers le fond de la salle.
- Comment se fait-il qu'ils sortaient du puits ? demanda Shinddha.
- La rivière souterraine qui passe sous le village passe également sous les catacombes, explique l'ancien. Mais ils ne viendront plus de là, ils ont essayé juste une fois après qu'on l’ait barricadée. On les entendait gratter. Mais ils n'ont pas recommencé par après.
- Et lorsqu'ils attaquent depuis la surface c'est toujours depuis le Nord ? fit Grunlek.
- Non, ils sont arrivés une fois de l'Ouest, une fois de l'Est. Une fois des deux en même temps.
- J'ai bien l'impression qu'il y a une pensée qui dirige la masse si leurs allers et venues sont ...
Grunlek fut interrompu par le cri affolé du guetteur.
- ILS ARRIVENT !!!

Chapitre IV : Lueur vacillante

- On arrête de trembler ! ordonna Théo aux villageois qu'il avait réussi à faire sortir pour affronter la horde de morts-vivants. On ne défait pas l'hérésie en claquant des genoux !
En face, une masse de zombies progressaient lentement sur le chemin menant à la sortie Nord. Ils allaient faire face à la résistance des villageois sur la place. Au-dessus de la horde, les spectres flottaient nonchalamment, ils semblaient n'agir qu'en simples spectateurs.
Balthazar avait d'abord essayé de convaincre Théo de ne pas exposer les villageois, de gérer les zombies à eux quatre, mais il dut admettre que ce soutien serait utile face au nombre de morts. Il avait essayé aussi de convaincre Théo de profiter que les morts soient ici pour atteindre le cimetière mais le paladin avait faim de combat et il ne pouvait lui en vouloir. Il se dit finalement que chaque zombie vaincu ici serait en moins à gérer dans le cimetière et dans les catacombes.

Le combat était inégal. Les morts ne réagissaient pas avant de voir l'arme des vivants se lever pour s'abattre sur eux. Et quand bien même, ils étaient très lents. De plus, avec le soutien des aventuriers, les villageois avaient un atout de taille. Grunlek et Shinddha mitraillaient de flèches et de carreaux les têtes décharnées qui approchaient trop. Balthazar incinérait de ses sorts des masses entières de défunts. Théo, de son côté, frappait de sa lame et de son écu les assaillants qui semblaient de plus en plus enragés en l'attaquant. Tandis que ses adversaires gagnaient en vélocité, lui sentait son armure s’alourdir. "Le froid me fatigue !" en conclu-t-il.

Mais était-ce le froid ou la fatigue ? Il n'en était pas réellement certain. Tout ce qu'il senti c'est sa vision s'embrumer. Une larme lui brouillait la vue. "Bordel de vent !" pesta-t-il.
Il n'eut pas le temps de virer cette larme de son œil, un squelette arriva dans cet angle mort et le percuta le faisant chuter au sol. Lorsque la vision de Théo se rétabli, le squelette se tenait au-dessus de lui, prêt à abattre sur lui un os taillé en pointe arraché à ses propres côtes.
Mais le squelette n'eut pas l'occasion d'en finir, il fut heurté par une masse et vola en éclat. Beikan commença à faire de grands mouvements circulaires pour repousser les morts qui approchaient.
- C'est ça qui doit nous aider ? fit-il d'un ton dédaigneux à l'attention du paladin.
Théo se releva en grognant, ramassa son arme, et se mis dos à dos avec Beikan pour continuer à se battre.

Après quelques minutes, il ne resta plus aucun zombie autour d'eux et ils apprêtèrent à rejoindre le gros de la mêlée. Mais Beikan ne bougeait pas, fixant le sol jonché de macchabées.
- Beikan, bouge ! l'invectiva Théo. Il en reste !
- M... Mère ?
- Euh ... quoi ?
Beikan lâcha sa masse, s'agenouilla et extirpa un corps de la masse. Le corps décharné d'une vieille femme arborant dans son flanc une large entaille causée par l'épée du paladin.
- Beikan ... ?
- C'est ma mère ... C'est ma ...
Il ne put finir sa complainte, la mâchoire de la vieille se referma sur sa gorge. Beikan hurla en essayant de repousser le cadavre mais celui-ci emporta quand-même un imposant et indispensable morceau du cou. Théo fonça pour achever le zombie d'un revers du bouclier tandis que Beikan convulsait au sol, son sang giclant sur la poudreuse. Théo posa sa main sur la plaie.
- Ne t'en fait pas ! Je vais te soigner !
Il appela la Lumière à lui, lui priant de sauver cet homme à qui il devait la vie. Mais l'appel fut vain, la Lumière ne répondit pas, et Théo senti son armure s’alourdir encore plus. Beikan finit par s'immobiliser complètement et à jamais, figé, fixant une dernière fois Théo d'un air perdu. Théo lui ferma les paupières. Autour de lui, la bataille s'achevait. Les derniers zombies repartaient vers les collines.

Chapitre V : Point stratégique

- NON !!!
- Shin ! Ne fait pas l'enfant, insista Grunlek.
- Il n'en est pas question ! Je préfère me les faire un à un dans les collines !
- Aller ! C'est le moyen le plus sûr d'atteindre les catacombes !
- Sur ? SUR ? C'est foutu choses n'ont rien de sûr !
- Statistiquement, les puits du Cratère ne peuvent pas TOUS te causer malheur ! argumenta Balthazar.
- Statistiquement les statistiques sont toujours improbables ! C'est Hélios qui me l'a dit !
Ils étaient tous revenus dans la maison de l'ancien où étaient transportés les blessés de l'attaque. Tandis que Grunlek et Balthazar essayaient de convaincre Shinddha d'emprunter avec eux la voie du puits pour atteindre les catacombes, Théo s'éloigna de ses compagnons pour se diriger vers l'ancien.
- Beikan avait une sœur, c'est ça ? demanda-t-il. Est-elle ...
Interrompant sa question, le vieillard pointa du doigt une silhouette frêle, recroquevillée dans le coin de pièce. Théo se dirigea vers elle, s'agenouilla pour lui parler.
- Bonjour, vous êtes la sœur de Beikan ?
La pauvre femme regardait dans le vide. Elle semblait plus absente encore que les morts-vivants qui venaient d'attaquer. Elle serrait contre soi une sorte de poupée de chiffon aux proéminentes oreilles.
- Madame ?
- J'ai retrouvé son doudou, murmura-t-elle. Je l'ai retrouvé mais je n'ai pas pu lui rapporter. Je n'ai pas pu ...
- Madame .. Je ... Votre frère. Et bien, il ...
- J'ai retrouvé son doudou, répéta-t-elle. J'ai retrouvé ...
Théo resta silencieux.
- Cela ne sert à rien, fit la voix de l'ancien derrière lui. Elle est comme ça depuis la perte de sa mère et de son enfant. Et désormais, sans son frère pour s'occuper d'elle, j'ai peur qu'elle ne sombre davantage.
Le paladin se releva et se détourna de la pauvre femme, salua l'ancien sans ciller, et rejoignit ses camarades.
Shinddha venait enfin d'accepter de s'engager dans le puits.
- On y va ? demanda Théo d'un ton brusque. Il faut qu'on se barre d'ici.
- Quelque chose ne va pas ? demanda Balthazar. Tu avais l'air d'avoir du mal durant la batail...
- C'est ce démon qui va avoir du mal après ce que je vais lui envoyer dans la tronche !

Il fallut une demi-heure pour réussir à extirper tout ce qui scellait le puits, et une autre demi-heure à attendre que Shinddha arrive à entrer dedans. Les quatre aventuriers finirent néanmoins par se retrouver tous au fond, de l'eau glaciale jusqu'aux genoux. En haut, les villageois, conformément au plan, refermèrent l'accès. Et ils se retrouvèrent dans l'obscurité totale durant un instant, puis Balthazar fit apparaître une flammèche éblouissante dans sa paume.
Guidés par la lumière de la flamme, ils avancèrent dans l'ombre, vers le Nord, vers l'appel de Reghba qui s'intensifiait de plus en plus dans le crâne du pyromancien.

Chapitre VI : La voix de la Détresse

Le tunnel de la rivière souterraine finit, après une heure de progression, par devenir moins caverneux. Il commençait à y avoir un chemin taillé dans la roche, suivit après d'un couloir taillé à même la pierre.
Au bout de quelques minutes, ils arrivèrent à un croisement proposant trois nouvelles voies.
- Je crois bien qu'on est arrivé dans les catacombes, murmura Grunlek. On va où maintenant.
- Il faut trouver un escalier en colimaçon menant vers l'étage supérieur, répéta Balthazar qui venait d'avoir cette information du démon qui lui parlait.

Ils commencèrent par la voix de gauche, mais celle-ci était totalement vide. Les tombeaux sur le chemin aussi étaient vides, les dalles expulsées de l'intérieur, les couvercles des cercueils défoncés à coups de poings, éventrés par les ongles.
Bredouilles, ils revinrent au croisement et s'engagèrent sur le chemin qui faisait face au tunnel menant au puits. Les salles devenaient plus spacieuses et donnaient vue sur une immense grotte. Il était impossible d'en voir le fond alors Balthazar atténua la lueur de sa flamme pour éviter de se faire repérer.
Ils progressèrent jusqu'à ce que Grunlek stoppa le groupe d'un geste. Il avait repéré du mouvement dans l'ombre. Balthazar éteignit complètement sa flamme et laissa Grunlek avancer pour observer. Celui-ci finit par murmurer faiblement :
- Connexion !
Balthazar comprit et s'exécuta. Il lança le sortilège de connexion mentale sur lui et ses amis en prenant soin d'isoler ce lien loin de l'esprit du démon Reghba. Aussitôt, Grunlek put faire le rapport de ce qu'il voyait.
"Je vois une file de morts-vivants aller et venir dans une salle. Et ... vous ne devinerez jamais ce qu'ils transportent !"
"Des pommes ?"
suggéra Shinddha.
"Des pommes hérétiques ?" renchérit Théo.
"Epargne nous le suspens, Grun !" fit Balthazar. "Qu'est-ce qu'ils fabriquent ?"
"Ils maintiennent des lapins dans leurs mains et ils ressortent sans !"
"Quoi ?"
s'étrangla mentalement Balthazar ce qui eut pour effet d'attirer l'attention du démon. "Non mon oncle c'est pas le moment !" " Grunlek, tu es certain que ..."
"Oui j'en suis sûr ! Ces zombies transportent bien des lapins dans cette pièce et ressortent sans !"
"Qu'est-ce que c'est que cette hérésie encore ?"
fit Théo.
"Attendez !" fit le nain. "Les derniers zombies ressortent ! Je crois que la pièce est vidée ! Je vais voir !"
"Non Grunlek attend !"
Trop tard, le nain s'était précipité à pas feutré vers l'entrée de la pièce. Dans la panique, les trois autres l'avaient suivi mais sans l'assistance de la flamme de Balthazar ils faillirent se vautrer par terre. Tous les quatre pénétrèrent dans la pièce effectivement vide de morts. Balthazar ralluma sa flamme pour éclairer la salle. Au centre se trouvait un large mais peu profond puits dans la roche. Shinddha décida de rester à l'entrée pour d'éventuelles raisons de rancunes envers cette "entité de malheur". Les trois autres observèrent le fond du puits illuminé par le feu du pyromancien. Une masse de pelucheuses boules de poils grouillait au fond. Une légion de lapin apeurés coincés dans cet espace clos aux bords trop élevés pour en sortir.

Au moment où ils allaient se poser la question essentielle qu'était : "Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?", une voix sépulcrale résonna dans les couloirs comme un murmure balayé par le vent.
"Je l'ai oublié ... Je l'ai oublié prêt du puits derrière la chaumière ! Mais le puits a explosé ! Le méchant a fait exploser le puits avec ses pierres magiques !"
Cette voix glaça le sang des quatre aventuriers. Théo tituba et faillit même tomber dans le puits.
- C'était quoi ça ? murmura Shinddha en oubliant un instant la connexion mentale.
"Vous l'avez entendue j'imagine ?" fit la voix grinçante du démon Reghba dans l'esprit de Balthazar.
"Qu'est-ce que c'était ?" lui demanda ce dernier.
"Rien d'important ! Rien qu'une autre conséquence de ma capture ! Dépêchez-vous de me libérer !!!"
"Être infernal ne vous exempt pas d'être aimable au moins !"


Les aventuriers ne se satisfirent pas de l'explication du démon mais se résolurent à continuer d'avancer. Plus vite ils en auraient fini, plus vite ils sortiraient. Après un autre croisement, et un autre, ils se retrouvèrent devant le choix triple de chemin. Ils s'engagèrent alors sur cette dernière voie, arrivèrent au fameux escalier en colimaçon qui grimpait vers l'étage au-dessus. Au fur et à mesure de la progression, la voix enfantine dans les couloirs résonnait encore et encore.
"J'ai du mal à me souvenir, je me souviens juste que j'ai eu très mal. Est-ce ma faute ?" "Je l'ai volé ! J'ai volé une des pierres magiques du méchant monsieur quand il me tenait mais ne me regardait pas ! Je l'ai volé et je l'ai serré dans ma main. Elle était chaude, elle brûlait presque. Maintenant la pierre a disparu et ma main me brûle encore !" "Pourquoi je suis ici ? Je l'ai perdu près du puits derrière la maison de mamy ! Pourquoi je suis là ! Mr Lapin n'est pas là !"

Ils progressèrent, de salle en salle, de caveau en caveau, se dissimulant juste pour laisser passer quelques allers et venues des morts amenant les lapins vers la salle du puits. Ils avancèrent, à contre-courant des convoyeurs et finirent par accéder à une immense salle dont les murs étaient couverts de caveaux. Ici, la voix de Reghba dans la tête de Balthazar était tellement forte qu'il dut ériger une fébrile barrière mentale endiguant sommairement l’agressivité du démon. Dans cette salle, les morts ayant toujours une enveloppe corporelle amenaient les lapins vers un attroupement de spectres avant de repartir d'un pas nonchalant et un air déçu avec leur prise.
Les aventuriers se dissimulèrent derrière un amas de gravats tombés du plafond de la pièce.
- Vous êtes là ? Je vous sens !!! s'exclama une voix acerbe résonnant de tous les côtés de la salle.
"Chht !" fit mentalement Balthazar. "Vous allez nous faire repérer !"
- Libérez moi sur le champ !!! Détruisez cette aberration et libérez-moi !
- De quoi il parle ? murmura Grunlek.
- Je parle de ce foutu spectre, cet esprit ou je ne sais quoi qui défie la mort et la vie et dont la simple existence me coince dans ce corps ! tonna Reghba. Détruisez-le, exorcisez-le ! Peu m'importe ! Mais que ce lien se brise !
Grunlek scruta l'attroupement de spectre. Auquel le démon faisait-il mention ?
- Il faut en finir, déclara Théo. Je n'en peux plus d'être ici !
Il sorti de sa cachette et leva son bouclier, prêt à lancer une déferlante de lumière pour illuminer la salle. Mais une fois encore, la Lumière ne répondit pas. Il força, s’énerva, s’emporta contre elle. Puis dans une explosion de clarté, l'écu envoya un éclair vers le plafond et un morceau de roche tomba vers Théo, heurta son arcade. Il tituba, le visage ensanglanté. Les zombies et les spectres se tournèrent vers lui, la discrétion ne servait plus à rien désormais
"Cela ne devait pas faire ça !" pesta-t-il. "La Lumière me nie, me rejette !"

Les spectres s'écartèrent pour laisser apparaître un être éthéré, vaporeux, semblable aux spectres mais plus petit et diffusant une aura bleutée. L'esprit posa ses yeux tristes et interloqués sur Théo et un cri de terreur s’éleva soudainement dans toutes les catacombes.
Et aussitôt, tous les morts-vivants foncèrent vers le paladin qui venait d'être rejoint par ses compagnons.

Chapitre VII : La bataille du cri de terreur

La horde de zombies venant de face furent stoppés par un mur de flamme invoqué par Balthazar. Grunlek et Shinddha commencèrent à repousser les morts venant de la droite. Théo se releva, essuya le sang de son visage, et commença à taillader et fracasser les assaillants venant de la gauche. Le bruit assourdissant du combat n'avait pour seuls maîtres que la voix enragée du démon et l'instoppable cri de terreur de l'esprit. Mais plus que l'insupportable bruit, c'est une lourdeur, un poids qui pesait sur les épaules et dans le cœur du paladin. Il ne se sentait bizarrement pas l’envie de se battre, il se sentait faible, démuni.
"Ce foutu démon !" cracha-t-il. "Je vais lui éclater la tronche !"

Il commença à se frayer un chemin vers le bord de la salle, cherchant le caveau qui ne serait pas vide, le corps qui ne se serait pas relevé, avec la ferme intention d'en finir avec tout ce merdier. Il décapita un zombie d'un coup latéral de sa lame, dispersa un squelette en centaine de fragment d'un revers du bouclier. Le choc de ce dernier résonna dans toute la salle, faisant écho au cri de terreur qui s'intensifiait.
Théo aperçut l'esprit bleuté, encerclé par les spectres, qui tentait d'atteindre le fond du mur gauche, vers une dalle qui semblait avoir été arrachée au mur par un violent coup de griffe.
- Tuer l'esprit ! ordonna Reghba. Tuer cet aberration ! Où les morts continueront à ce lever sans cesse !
L'esprit progressait de plus en plus vite vers le tombeau, allant de plus en plus vite à mesure que Théo approchait.
- Ne le laissez pas m'approcher !! Détruisez-le ! paniqua le démon.
Théo se stoppa. L'esprit s'était retourné brièvement vers lui et avait croisé avec lui son regard bleu, un regard qui paralysa le paladin. Un regard qui l'avait déjà fixé ainsi.
- Non ! NON ! Ne le laisser pas !
- Théo ! Qu'est-ce que tu fous ! fit Balthazar derrière lui.
Trop tard. L'esprit pénétra dans le tombeau et plongea dans le cercueil. Les zombies et les spectres devinrent plus lents et bientôt presque catatoniques puis finirent par s'écrouler au sol. Théo approcha du tombeau et essaya d'apercevoir le corps dans l'ombre. Il n'aperçut que vaguement le couvercle d'un cercueil lacéré et à travers la fissure il vit le visage pâle d'un enfant recouvert presque intégralement de longs cheveux noirs de nuit. Il agrippa le bord du cercueil et tira pour l'extirper du trou. Mais il n'eut pas le temps de retirer ce qu'il restait du couvercle, le corps de l'enfant, demeurant inerte, se mit à hurler de terreur. De sa bouche sorti un liquide noir et lourd comme du goudron, étouffant le cri sous des suffocations.

La masse noire s'extirpa du cercueil en éjectant violemment le couvercle et s'étala pathétiquement sur le sol avant de commencer à prendre une forme humanoïde. Le corps nouvellement formé de ce goudron demeurait inerte au sol. Seul sa tête se mouvait, essayant de voir le bout de ses pieds qui refusait de bouger. La tête finit par fixer haineusement Théo.
- Pauvre idiot ! cracha Reghba. Vous étiez sensé la détruire avant qu'elle ne retourne dans ...
- Nous étions sensé vous libérer, l'invectiva Balthazar qui avait rejoint Théo. C'est chose faite !
- Imbécile ! Je ne peux même plus bouger mon corps ! Cet esprit est aussi brisé que son réceptacle et en revenant il m'a affecté aussi !
- Alors je sais que c'est dur à croire, déclara Grunlek qui arrivait à son tour suivit par Shinddha, mais je vous assure que nous faisons de notre mieux pour avoir l'air de compatir à votre situation.
Le regard assassin de Reghba se posa sur le nouvel arrivant.
- Pour cela, nain, tu seras le premier à mourir.
- Et si nous essayons de nous quitter en bons termes, tenta de négocier Balthazar. Notre accord était simple. Maintenant retournez en enfer !
- Oh je vais y retourner ! siffla le démon. Et je vais vous emmener avec moi, et cet aberration qui défie la mort et la vie ! Et je vous ferai subir les plus atroces des souffrances !!
- Un démon qui ne tient pas ses promesses ! continua Grunlek. Les bras et jambes m'en tombent !
Tout se passa très vite. La langue de Reghba s'étira, fusa vers la tête du nain telle un serpent. Grunlek esquiva de justesse mais eu néanmoins le haut du crâne éraflé par l'appendice mortel.

La langue de Reghba commença à prendre du volume, prenant la forme d'un long serpent, puis d'un épais tentacule au bout du quel était grossièrement traîné le corps du démon qui eut tôt fait d'être absorbé par la masse gélatineuse. La pointe de cette langue géante se scinda pour devenir fourchue et les deux pointes se transformèrent en redoutables têtes dépourvues d'yeux mais possédant une redoutable mâchoire aux crocs acérés.
Au moment de se dresser pour fondre sur le nain, l'entité sembla hésiter. Un des têtes lorgna vers le cercueil dans lequel le corps de l'enfant continuait de hurler de terreur sans pouvoir bouger.
- Votre tour viendra bien assez tôt !
La monstrueuse langue géante fondit tel un rapace sur l'être sans défense. Il n'y parvint pas, Théo l'avait percuté de son bouclier. Reghba roula sur le sol de pierre avant de se redresser menaçant, terrifiant et fou de rage.
- Tu seras le premier, fils de la Lumière ! fit le démon.
Un tentacule s'extirpa de la masse gluante de Reghba et fonça vers Théo. Elle fut stoppée et arrachée par la flèche de glace de Shinddha. Balthazar projeta un flux continu de feu pour envelopper le démon. Il savait que cela ne servirait à rien mais au moins cela limiterait son champ de vision.
- Théo, prend le corps et file ! hurla-t-il.
- Je ne vais pas me barrer face à un démon !
- Tu ne comprends pas ? Il cherche à achever complètement ce corps pour avoir accès à l'essence d'innocence et retrouver ses facultés. Je sais pas pourquoi cette gosse est toujours en vie, je sais pas d'où lui vient la capacité de dérouter un démon et contrôler les morts mais il ne faut pas qu'il lui mette la main dessus !

Théo ne trouva rien à répondre, et ça l’énervait. Il saisit le corps inerte de la gamine qui continuait à hurler dans son oreille et se dirigea vers la sortie. Mais plus il avançait, plus le poids combiné de la fillette et de son armure le ralentissait. Il jeta un bref regard en arrière. Reghba avait passé le mur de feu, avait éjecté d'un coup de tentacule ses compagnons un à un et fonçait désormais vers lui.
Théo n'arrivait plus à avancer, le poids était trop lourd, il devenait aussi inerte que le corps qu'il portait. Le démon s'éleva de tout sa masse au-dessus d'eux, bien déterminé à écraser les deux.
- Petite ... je suis d...
Le cri de la gamine changea de sonorité, devint cristallin, alors qu'elle fixait la masse sombre qui tombait sur elle. Théo ressenti une puissante décharge d’énergie provenant de la fillette.

Balthazar, Grunlek et Shinddha se relevèrent péniblement de là où Reghba les avait éjectés pour apercevoir Théo disparaître dans une explosion d'énergie violette qui les engloutit, lui et le démon, creusant le sol du caveau et projetant un nuage de poussière sur eux. Toutes les catacombes tremblèrent, le plafond se fissura et d’énormes blocs commencèrent à chuter vers eux.
- Tous derrière moi, hurla Grunlek.
Shinddha bondit, utilisant son bond élémentaire pour agripper Balthazar et se réfugier sous le bouclier de Grunlek au moment où les gravas les recouvraient.

Chapitre VIII : L'Ombre, la Lumière et la Détresse


Théo se réveilla, son flanc gauche lui faisait atrocement mal, la plaie sur sa tête ne cessait de saigner et il se sentait faible, privé de toute énergie. Il était dans le noir et le silence complet, il sentait l'eau glaciale de la rivière souterraine. Il avait dû retomber à l'étage inférieur. Il tata autour de lui pour retrouver son épée ou son bouclier, il ne retrouva que son bouclier. Il agrippa aussi une main fine.
- Petite ?
Pas de réponse.
- Petite, tu es là ?
- J'ai mal, répondit la voix triste de la fillette.
- Comment tu as fait ça ? Ce truc ?
- Je ne sais pas. Je n'arrive pas à m'endormir depuis que j'ai volé cette pierre au méchant qui a attaqué la maison de mamy ! Je l'ai tenu très fort quand ... quand ...
- Oui ... je sais.
- C'est parce que j'ai volé la pierre que je n'arrive pas à dormir ? C'est ma faute ? Je ne cherchais que Mr Lapin, je l'ai perdu.
La fillette commença à pleurer.
- Non fillette, ce n'est pas de ta faute, dit Théo mal à l'aise. Ce n'est pas ta faute. Ce ... c'est ma faute. Je ...

Un sifflement se fit entendre dans l'obscurité derrière Théo. La gamine glapit. Le paladin se retourna instinctivement, braquant son bouclier dans cette direction. "Lumière !" implora-t-il. "Si tu ne dois me répondre plus qu'une dernière fois, que cela soit maintenant !"
Un rempart de lumière se dressa entre Théo et la masse spongieuse de Reghba qui s'écrasa dessus. Le rempart bouchait tant bien que mal le tunnel mais déjà il avait du mal à résister aux assauts du démon.
- Je vais te lacérer, paladin ! hurla Reghba. Je vais te réduire en morceaux et te garder en vie pour que tu me voies arracher le reste de vie de cet enfant et aspirer tout ce qu'il reste d'elle !
Le coup du démon résonna dans tous les os de Théo, accentuant la douleur de ses plaies.
- Tu ne peux empêcher ce qui va arriver !
Théo fouilla l'eau et parvint à agripper le pommeau de son épée. Grace à la lumière diffusée par le rempart, Théo put voir le visage de la fillette. Couvert de larmes, apeurée, perdue. Une détresse si puissante qu'il pouvait la ressentir, que toutes les âmes vivantes ou mortes aux alentours avaient dû ressentir. Le démon n'avait été pour rien dans la levée des morts, c'était la détresse de cet enfant.
Un nouveau coup violent failli lui faire perdre l'équilibre.
- Tu vas lâcher d'un moment à l'autre ! Cet innocence m'appartient ! Tu ne peux t'y opposer ! Je vais lui infliger la mort la plus violente et la plus sinistre de tous les temps !

La fillette regarda désespérément Théo.
- Je suis désolé, gamine, murmura Théo. Tout ça c'est ma faute ...
Elle cessa de pleurer, sourit tendrement. Et pointa du regard l'épée du paladin.
- Tu pourras retrouver Mr Lapin ?
- Je ... Non ! Ne me demande pas de ...
- Tu me le promets ?
- Je ...
- Promis ?
Théo ferma les yeux alors qu'un nouveau coup menaça de le faire chuter. Il essaya de les garder fermés, effrayé à l'idée de devoir lui refaire face. Mais il ne put tenir.
- Promis ? répéta-t-elle.
- Promis, répondit-il.
La fillette sourit à nouveau et ferma les yeux. Théo encaissa un nouveau coup puis se releva. Il puisa dans ses dernières forces pour concentrer de la lumière sur le bouclier et frapper d'un revers la langue géante démoniaque. Sous la surprise et l’éblouissement le démon bascula en arrière, éclaboussant tout le tunnel, causant de grand remous dans la rivière souterraine.
Théo profita de l'instant de répit pour rejoindre la fillette et sans plus d'hésitation il enfonça la lame de son épée dans son cœur d'un geste vif et précis. L'esprit bleuté fut éjecté du corps pour la dernière fois et commença à flotter doucement à côté du paladin.
- Qu'est-ce que tu as fait ! hurla Reghba.
- Je lui ai accordé une mort rapide et miséricordieuse, répondit Théo. L'essence d'innocence n’apparaît que sur les morts brusques et injustes n'est-ce pas ? Il me semble que les critères ne sont plus respectés !
Reghba grognait suffisamment pour que Théo en déduise qu'il avait bel et bien privé le démon de son trophée.
- Je vais te détruire paladin ! dit-il en contenant sa rage. Je vais t'annihiler et ton ultime souvenir sera de savoir que je parcourrai ce monde en détruisant des milliers de vies innocentes en ton nom pour qu'il soit à jamais souillé.
- Et moi je vais tellement défoncer ton hérésie de gueule que même en enfer on te trouvera moche !
- Tu n'as aucune chance face à moi ! Tu parvenais déjà à peine à contenir mes coups ! La Lumière semble t'avoir abandonnée !
L'esprit de la fillette vint agripper la manche de Théo. Elle lui souriait toujours.
- La Lumière vient de me revenir ! répondit le paladin. Maintenant c'est à ton tour d'avoir une mort brusque ! Dis-moi, comment veux-tu mourir ?
- Pauvre fou, je suis un démon, un des maîtres des enfers ! Même amoindri ainsi je te suis supérieur ! Comment comptes-tu t'y prendre ?
- Je pensais te foncer bêtement dessus, le bouclier en avant. Te rentrer dedans !
- S'en est assez ! cracha le démon en se préparant à foncer sur sa proie.
L'esprit posa une main sur le bouclier et communia avec. Théo y sentit toute la puissance qui s'y contenait, de la puissance brute comme celle des pierres de pouvoirs. Le bouclier brilla d'or et d'effusions violettes, irradiant de puissance. Théo lâcha son épée pour prendre son écu à deux mains.

Le démon se propulsa en avant, Théo fit pareil. Le choc fut brutal, la détonation d'énergie violente. Tous les os et les muscles du paladin vibraient. Avant de devoir fermer les yeux à cause de l'intense lumière, il ne put voir que la Lumière et l’énergie violette se diffuser dans tout l'amas de goudron qui constituait la langue géante. Lorsque la détonation survint, le démon fut volatilisé et Théo retomba dans l'eau glaciale de la rivière.

Après quelques secondes de désorientation, il se traîna jusqu'à la rive et se hissa sur le sol du tunnel pour se poser contre le mur. Il avait du mal à reprendre son souffle, tout son corps lui faisait mal. Mais il se sentait bien. Il venait de détruire un démon, la Lumière lui était revenu ... et un lourd poids venait de partir en lui.
Il ferma les yeux, essaya de dormir, mais une voix familière attira son attention depuis le plafond.
- Théo ! fit la voix de Balthazar résonnant dans la grotte. Théo tu es là ?
- Est-ce que tu es mort ? demanda Shinddha.
- Encore, renchérit Grunlek.
- Je vais bien, leur lança Théo. Et Reghba n'est plus !
- Oh genre, il garde tout le plaisir pour lui ! fit Balthazar cachant mal son soulagement derrière son ironie. T'inquiète pas on descend te chercher ! Faut juste qu'on déblaie le reste des débris qui ont recouvert la porte.
- Shin ?
- Oui ?
- J'ai besoin que tu ailles chercher quelque chose pour moi ...

Chapitre IX : épilogue


Shinddha avait couru vers la sortie des catacombes dès lors que Grunlek eut fini d’anéantir les derniers débris bloquant la porte. Il se servit de son saut élémentaire pour dévaler la colline au plus vite afin de rejoindre le village. Une fois atteint, il commença par annoncer aux habitants qu'ils ne courraient à présent plus aucun danger et leur expliquer le sort des lapins, coincés dans un puits dans les catacombes. Il se rendit ensuite dans la maison de l'ancien et se dirigea vers la pauvre femme du coin de la pièce.
Il aurait cru qu'elle serait difficile à convaincre et que cela lui prendrait une éternité mais il reçut ce que Théo avait demandé juste en expliquant que c'était pour aller le rendre à sa fille. La femme lui sourit tendrement et lui remis la poupée de chiffons aux longues oreilles.

En attendant le retour de Shinddha, Théo avait remonté le corps de la fillette à l'étage et l'avait reposé dans son cercueil. Lorsque son camarade revint, il glissa Mr Lapin dans les bras de la petite fille, puis remis le cercueil là où il reposait originellement.
Ils sortirent des catacombes sans un mot et se mirent en route vers le village pour récupérer leurs montures.

Alors qu'il regardait une ultime fois en arrière, Théo cru voir, dans la brume recouvrant la colline, le sourire d'une petite fille. Il sourit à son tour et emboîta le pas à ses amis.

FIN.

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Voilà c'était ma première fan-fiction sur l'univers d'Aventures, et même ma première fan-fiction tout court. J'espère qu'elle vous aura plu, n'hésitez pas à me donner vos avis et impressions et longue vie au dieu Euthanasie !!!


Pyrrön Flamsang
Fhürleaf Team (chaîne Youtube)
Modifié en dernier par Pyrron Flamsang le sam. 11 nov. 2017 17:57, modifié 14 fois.

Avatar de l’utilisateur
Angy_du_Lux
Messages : 875
Enregistré le : ven. 9 sept. 2016 22:17

Re: [TEXTE] la Détresse de l'Innocence (Fan-Fiction Aventures)

Messagepar Angy_du_Lux » mar. 20 déc. 2016 06:27

Super bien écrit et vraiment sympa comme histoire

Von Roserfiller
Messages : 155
Enregistré le : jeu. 6 juil. 2017 12:12
Localisation : Perdu dans les Enfers

Re: [TEXTE] la Détresse de l'Innocence (Fan-Fiction Aventures)

Messagepar Von Roserfiller » ven. 7 juil. 2017 16:28

J'étais tomber sur cet histoire il y a plusieurs mois,a ce moment la je n'avais pas encore de compte pour t'adresser toutes mes felicitations donc je le fait aujourd'hui,ta Fanfic est juste magnifique,Théo ma juste émue au larmes!je ne sais même pas quoi dire c'est l'une des meilleur fanfics que j'ai jamais lu!Pas la meilleur,mais l'UNE des meilleurs!En tous cas je peut te remercier,car il y a quelque mois,tu m'as redonné envie de lire,et plus que tous,tu m'as redonné l'envie d'écrire!Donc Merci!

Pyrron Flamsang
Messages : 20
Enregistré le : ven. 9 sept. 2016 22:22
Contact :

Re: [TEXTE] la Détresse de l'Innocence (Fan-Fiction Aventures)

Messagepar Pyrron Flamsang » ven. 14 juil. 2017 00:02

Von Roserfiller a écrit :J'étais tomber sur cet histoire il y a plusieurs mois,a ce moment la je n'avais pas encore de compte pour t'adresser toutes mes felicitations donc je le fait aujourd'hui,ta Fanfic est juste magnifique,Théo ma juste émue au larmes!je ne sais même pas quoi dire c'est l'une des meilleur fanfics que j'ai jamais lu!Pas la meilleur,mais l'UNE des meilleurs!En tous cas je peut te remercier,car il y a quelque mois,tu m'as redonné envie de lire,et plus que tous,tu m'as redonné l'envie d'écrire!Donc Merci!


Et bien merci beaucoup pour ton ressenti, ça fait très plaisir :) Ravi que ça soit apprécié !

Maria mercedes
Messages : 5995
Enregistré le : dim. 25 sept. 2016 11:25
Localisation : dérrière un écran.

Re: [Fan-Fiction Aventures] la Détresse de l'Innocence

Messagepar Maria mercedes » dim. 11 févr. 2018 13:19

Tu as écrit une fanfic principalement centrée sur B.O.B. et Théo qui met bien en valeur leur personnalité et fonctionnement propres. Elle est très émouvante aussi et j'ai bien aimé l'allusion aux puits et à Shin que j'ai trouvée drôle. En tout cas, c'est la première fois que Théo fait quelque chose de compatissant et de tendre comme c'est le cas à la fin de ce texte, j'ai plus l'habitude de le voir fracasser des choses ou des gens avec son bouclier ( y compris des petites filles ;) )
"Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités" "Défaites vos idées toutes faites sur l'anarchie"

Pyrron Flamsang
Messages : 20
Enregistré le : ven. 9 sept. 2016 22:22
Contact :

Re: [Fan-Fiction Aventures] la Détresse de l'Innocence

Messagepar Pyrron Flamsang » dim. 15 avr. 2018 15:11

Maria mercedes a écrit :Tu as écrit une fanfic principalement centrée sur B.O.B. et Théo qui met bien en valeur leur personnalité et fonctionnement propres. Elle est très émouvante aussi et j'ai bien aimé l'allusion aux puits et à Shin que j'ai trouvée drôle. En tout cas, c'est la première fois que Théo fait quelque chose de compatissant et de tendre comme c'est le cas à la fin de ce texte, j'ai plus l'habitude de le voir fracasser des choses ou des gens avec son bouclier ( y compris des petites filles ;) )



Merci pour tous tes retours sur mes fan-fictions, ça fait très plaisir ! :)
ça me motive à retravailler sur la suite du spin-off sur Grunlek.


Retourner vers « Textes »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 1 invité