Bimbo 6


Vous incarnez une joueuse, dans la peau d’une actrice, dont l’objectif est d’interpréter un personnage de film. Compliqué ? Pas exactement, le propos vise surtout à reproduire la cinématographie grindhouse, sous forme de jeu de rôle, comme Tarantino aurait adoré nous raconter.

Ninja : « Boss, moi aussi je veux être une Bimbo !! » Boss, le regard lointain : « ... ta gueule. Moi aussi. »

Ninja : « Boss, moi aussi je veux être une Bimbo !! »
Boss, le regard lointain : « … ta gueule. Moi aussi. »

 

Boss : « Bon sang, on est cernés !! » Ninja, bientôt mort : « ... Boss, vous craignez un max. »

Boss : « Bon sang, on est cernés !! »
Ninja, bientôt mort : « … Boss, vous craignez un max. »

Pas facile, de juger, cet écrin du plus bel effet. Une impression de poudre aux yeux. Je me laisse néanmoins facilement séduire par le coffret au goût de jeu de société – une sensation vérifiée et validée par la suite. 3 livres en couvertures souples, trois dés à six faces, des cartes à jouer, une fiche de personnage. Heureusement, la méfiance disparaît au cours de l’exploration du jeu. La question est, comment cette magie opère-t-elle ?

Ninjas : « On pousse ! »

Ninjas : « On pousse ! »

Cibler le propos
L’auteur pique ma curiosité. Comment peut-il se vanter de pouvoir représenter les codes cinématographiques, en brandissant un féminisme assumé ? Le rapport entre les deux ? Le cinéma de Tarantino. Le grindhouse, les films d’exploitation. Avec donc, le concept de ces femmes fatales, puissantes, héroïnes de bout en bout, subissant un destin cruel, mais luttant au final à armes égales.

 

Pas de phrasé verbeux, pas de remplissage gratuit. Le luxe de l’écriture passe ici par un ton et des annotations de second degré, un humour en adéquation avec l’idée préconçue de la femme au cinéma. Au début, ça me dérange. Mais raisonnablement, je trouve la démarche pertinente. Se moquer des aberrations pour mieux les détourner marche tellement mieux que de dénoncer avec hargne.

Ninja : « Elle me rend flou ! »

Ninja : « Elle me rend flou ! »

Le but du jeu : revenons au cœur. Le concept est de simuler le tournage d’un film, avec un système de résolution de règles répondant aux codes du genre. Sauf qu’il faut prendre en considération trois aspects…
1. Un joueur doit surclasser les autres et devenir la tête d’affiche.
2. Le film doit être bouclé dans les meilleures conditions possible.
3. Le groupe doit avoir envie de retourner un nouveau film.

 

Côté joueurs : ils incarnent des joueuses, destinées à interpréter des actrices du cinéma grindhouse. Bien sûr, Bimbo soutient qu’on peut jouer un acteur pour des questions de confort. Mais ce serait accepter la facilité – certains diraient « pourquoi pas », du moment que l’esprit demeure. Ce qu’on comprend, alors, c’est qu’incarner une Bimbo n’est pas le propre du jeu, c’est sa mécanique qui le représente le mieux. Le genre de l’alter ego répond surtout à un habillage.
Pour une question de commodité, de cohérence avec l’ouvrage, on parlera désormais dans cette critique de « Joueuse » et plus de « Joueur ».

 

Côté maître de jeu : question de logique, on ne parle plus de MJ, mais de metteur en scène. Plus qu’un titre, ce rôle détient des clés mécaniques afin d’aider le jeu à respecter son propos. Le MS (pas le Mahyar Shakeri, le Metteur en Scène, hein) reboucle sur le système et doit répondre à des impératifs afin de mener à bien le scénario. La notion de budget, par exemple, entre en scène.

Ninja dissident : « Je veux être biclassé Ninja Nonne »

Ninja dissident : « Je veux être biclassé Ninja Nonne »

Le système
Plus qu’ailleurs, il est le jeu. La fiche de personnage, représentée sous forme de Book, comprend les éléments tels que le rôle (nonne en bikini, pilote de chasse…), le nom, la catégorie d’actrices (vedette), le répertoire (autrement dit, la formation professionnelle), les caprices de star, son argent, sa phrase culte, sa valeur dans l’échelle du Star-système, son répertoire d’acting, etc.

La fiche de personnage "Mon book"

La fiche de personnage « Mon book »

Voici un focus sur les axes qui me paraissent majeurs…

 

Deux caractéristiques et une capacité : Sous les noms de Sexy, Macho et Endurance, ils déterminent la base du personnage. Le premier représente la capacité de séduction (le charme, la faculté de convaincre par le physique…) et le second, la virilité (elle inclut, la conduite, le punch…). Un duo de stéréotypes raccord avec l’esprit cinématographique du grindhouse.
L’Endurance, représente l’état de la joueuse et sa résistance au cours des tournages – bien qu’elle fasse souvent appel à des cascadeurs pour la remplacer. Puiser dans ces potentiels permettra d’améliorer les lancers de dés.

Boss, à l'illustration : « Je couvre tes arrières... »

Boss, à l’illustration : « Je couvre tes arrières… »

Le répertoire : il met en avant les expériences de tournage assimilées par l’actrice et donc ses facultés d’interprétation. Cet astucieux système repose sur un principe de mots-clés. La joueuse inscrit une suite de phrases liée à son cursus d’actrice et souligne alors 3 combinaisons de mots. Au choix…
• La joueuse attribue à 1 combinaison, la valeur de 3,
• à 2 combinaisons, une valeur de 2,
Ces choix donnent un panel de situations dans lequel la joueuse trouvera des facilités pour résoudre ses actions. Une valeur haute signifie de grandes capacités.

Par exemple, elle écrit comme historique… « J’ai grandi dans la ferme de mon père botaniste, avant de fuguer avec le fils du voisin, grand collectionneur d’armes. S’en suivent quelques années à voler pour manger puis un parrain de la mafia me repère. Il se rend vite compte que ma beauté le rend fou ».
La joueuse peut souligner ici « père botaniste » et lui assigner une valeur de 3, ce qui signifie que lorsqu’elle testera une situation dans laquelle elle peut justifier un avantage lié à ce passé, elle obtiendra un bonus de 3 sur chaque D6 pour tester la résolution d’une situation.

 

Les dés de 6 : La joueuse est une vedette, elle lance 3D6 à chaque test, mais ne choisit qu’un seul D6 parmi les 3 pour représenter le résultat. Un score haut, obtenu sur un dé, représente logiquement un meilleur succès.
Sauf que… les conseils de jeu invitent la joueuse à réfléchir aux notions de réussites et d’échecs, puisqu’un personnage de cinéma alimente aussi l’affection du public en échouant lors de séquences dramatiques.

Ninja 1 : « Youplà copain ! » Ninja 2 : « Boom tralala ! »

Ninja 1 : « Youplà copain ! »
Ninja 2 : « Boom tralala ! »

En pratique
Le premier livre propose une synthèse intelligente du jeu, quoiqu’un peu intimidante au vu des options. Le deuxième ? Un approfondissement de la mécanique, une liste incroyable de conseils, de développements et de pistes pour jouer sur des temps différents (les traditionnels courts-métrages, moyens, et longs).

Boss, trololo : « ... allez, check »

Boss, trololo : « … allez, check »

Un curieux paradoxe opère dans Bimbo. Il se ressent jusqu’à la critique, qui me donne l’impression de n’avoir qu’effleuré le jeu. Les livres tels qu’ils sont conçus, amènent une préparation bienvenue, malgré une lourdeur dans le nombre d’options, de gestions, sur les à-côtés, tous interconnectés. Comme le budget du film, dont dépend le metteur en scène pour faire son spectacle, mais qui peut être gonflé par les économies des vedettes, ou encore le sponsoring. Le jeu rejoint une catégorie bien précise de produits. Un puissant et ingénieux processus créatif avec la promesse d’offrir un vrai moment de partage ludique. Et, à la fois, un jeu qui gagne à se transmettre PAR l’exemple. Si vous trouvez des vidéos sur le Net, dévorez-les. Si un ami connaît et pratique Bimbo, rejoignez un temps sa table. Si l’auteur ou son éditeur passe en festival, exigez une démonstration. En bref, ne vous laissez pas tromper par l’apparente difficulté. À défaut de surmonter vos craintes – pas réellement fondées, abandonnez-vous entièrement à l’expérience. Elle vaut absolument le coup.

Ninja syndicaliste : « Oué, ben parlons-en des droits d'auteur !! »

Ninja syndicaliste : « Oué, ben parlons-en des droits d’auteur !! »

Jouer !
Le dernier livre contient pas moins de 14 scripts, découpés selon une structure suffisamment claire pour guider le metteur en scène (Synopsis, Mise en place, Scènes, Objectifs) et assez vague pour laisser la place à la créativité. Il y a de tout, de difficultés variables, ça se lit rapidement et il est absolument impossible de ne pas avoir un coup de cœur, voici les titres des films :
• L’Enlèvement
• Showbitches
• Le Drive-in
• Il faut sauver le soldat Rayana
• Assaut du commissariat 11
• B-Team
• Dino Bimbo
• La reine des cannibales contre l’armée des zombies de la forêt d’émeraude
• Le Casse
• Entrée d’un train en gare de La Ciotat : Reboot
• La Rivière sans retour
• Exorsisters
• Space Vixen
• Les brasiers de la passion ne s’éteignent jamais

Illustration, qui s'exprime au Boss : « Ch'adwor quand un blan ze déroude... »

Illustration, qui s’exprime au Boss : « Ch’adwor quand un blan ze déroude… »

 

 

Bimbo pour initier un meneur au JDR, j’y crois moyen. Néanmoins, je dois reconnaître que mes habitudes de jeu conditionnent cet avis. Un rôliste néophyte sera probablement plus facile à modeler. Avoir envie de partager et construire ensemble une histoire, compte ici plus que dans un JDR traditionnel – un joueur resté en retrait se remarquera de suite.

Un matériel aux airs de jeu de société, une mécanique asymétrique entre MS et Joueuses, une gagnante, des perdantes, tout un tas d’aspects que les vieux rôlistes devront réapprendre, ou que les jeunes rôlistes devront considérer comme base initiatrice. Bimbo ne se positionne pas sur un genre connu, il est un genre à lui seul. Une force et une faiblesse. Difficile de le cerner sur un simple pitch, je vois ce JDR comme un flambeau à prêter. Une invitation à vivre une expérience pleine de panache et d’audace.

Ninja : « Boss... je... » Boss : « ... Non. »

Ninja : « Boss… je… »
Boss : « … Non. »

déçu contrarié indécis satisfait ravi passionné extatique
+ Réinvente la notion de narration partagée
+ Quentin Tarantino
+ L’audace
L’apprentissage ou réapprentissage des codes narratifs
Univers : Bimbo
Thèmes : cinéma grindhouse, compétition
Type : 2 livrets de 64 pages en N&B (avec inserts en couleur), 1 livret de 32 pages N&B, 63 cartes, 3D6, 1 feuille de personnage A4
VO (française) : Sans-Détour
Auteur : Grégory Privat

 

 

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